Glossaire
Abdallah Al-Mouhayssini : né le 30 octobre 1987 à Al Qassem, Arabie saoudite. La cellule d’al-Qaida de Doha a pris contact avec Abdallah al Muhayssini alors qu’il était Imam de la mosquée qatarie de La Mecque. De retour à Doha, il a participé en 2012 au 2ème congrès de la «Ligue des Oulémas Musulmans », un collectif d’oulémas salafistes. Très active dans la campagne de collecte d’argent avec Saad al-Kaabi, un cousin de l’actuel chef des services secrets du Qatar pour l’achat d’armes et de munitions pour Jabhat al-Nosra. À l’annonce de la mort de son oncle Omar dans les combats en Syrie en 2013, Abdallah rejoint les rangs des combattants de Jabhat al- Nosra. Les Qataris d’Al-Qaïda perdaient là un homme de confiance à la veille de la constitution de Jaych Al Fateh en prévision de l’offensive djihadiste contre le secteur d’Idlib. D’importantes injections de liquidités propulseront Al Mouhayssini au rang de mufti de Jaych al Islam, ayant autorité sur Jabhat al-Nosra, Jound al-Aqsa et Ahrar as-Sham.
De 2013 à 2015, al-Mouhayssini a mené une intense campagne de collecte de fonds pour doter Jabhat al-Nosra d’une artillerie efficace et d’armes sophistiquées. Par la suite, il équipera aussi Hayat Tahrir al-Cham.
Parrain du désengagement de Jabhat al-Nosra de son organisation mère, al-Qaïda, sa suffisance et son imprévoyance contribueront néanmoins à démasquer ses connexions avec les services de renseignements qataris et le fait que ses collectes de fonds aient été faites en compagnie de Khalifa Ben Hamad Al Sibaie et Saad al-Kaabi, inscrit sur la liste des sanctions américaines. Il a contribué à l’engagement de milliers de militants du Parti Islamique du Turkestan en Syrie. Il était fier d’envoyer des enfants soldats en opération suicide contre « les alaouites et les rafidas » (les shiites) et à souvent lancé des appels à l’élimination de tous les alaouites en Syrie. Depuis janvier 2025, il a été filmé à plusieurs reprise comme imam de la mosquée du palais présidentiel à Damas. Et par pure provocation il a prononcé le prêche du vendredi dans la ville de Banyas après les massacres commis dans la région côtière syrienne.
Al Mouhayssini a été inscrit depuis novembre 2016 sur la liste des sanctions américaines pour son soutien à Jabhat al-Nosra et à al- Qaïda
Abderrahim Atoun : né dans le gouvernorat d’Idlib en 1956, il a développé sa culture salafiste auprès de plusieurs cheikhs et a rejoint le mouvement djihadiste peu avant 2011. Il a rejoint Jabhat al-Nosra en 2014 et a considéré la « Charte d’honneur révolutionnaire » comme un document blasphématoire. Atoun a attaqué quiconque utilisait les termes patriotisme, patrie, Syrie et démocratie. Il a vivement critiqué le mouvement Ahrar al-Sham et les factions de l’Armée syrienne libre, appelant à les combattre, et a participé à la bataille de 2017 pour s’en débarrasser.
Sa première apparition publique a eu lieu dans un enregistrement diffusé aux côtés d’Abou Mohammed al-Joulani et d’Abou al-Faraj al-Masri annonçant la rupture des liens du Front al-Nosra avec Al-Qaïda, le 28 juillet 2016. Plusieurs sources ont indiqué qu’Atoun était l’un des partisans les plus enthousiastes de ces changements au sein du Front al-Nosra.
Il a soutenu l’ouverture et la coopération avec les pays occidentaux, tout en appelant à une alliance avec les talibans. Atoun considérait les alliances étrangères comme un moyen d’autonomisation, et sa position envers la Turquie et l’Occident était donc soumise à la question d’intérêt. C’est pourquoi il s’est aligné sur les transformations qui ont eu lieu au sein de Hay’at Tahrir al-Sham ces dernières années.
Atoun a annoncé sa démission de Hay’at Tahrir al-Sham le 27 janvier 2018 et la suspension de son travail à tous les postes au sein de l’organisation, sans fournir aucune raison pour sa démission. Il est néanmoins resté proche de Hay’at Tahrir al-Sham et de son gouvernement de salut, ayant été invité à participer à plusieurs séminaires et interviews vidéo. Sa dernière apparition lors d’un symposium organisé par la Direction de la culture du gouvernement de salut d’Idlib le 15 septembre 2021, intitulée « Jihad et résistance dans le monde islamique – Les talibans comme modèle », a suscité une large controverse. Il est apparu dans une nouvelle tenue, tête nue et abandonnant sa robe arabe de couleur sombre. Cela a été perçu comme une continuation des transformations subies par Atoun lui-même et Hay’at Tahrir al-Sham dans son ensemble. Il a été nommé au Conseil syrien de la fatwa après la prise du pouvoir par Hayat Tahrir al-Sham.
Abou Hassan al-Hamwi : nom de guerre de Marhaf Abou Qasra, né a Helfaya (Hama) en 1984, ingénieur agronome de formation, devenu un commandant djihadiste sur le tas. Il est le commandant militaire du Jabhat al Nosra, puis de Hayat Tahrir al-Cham. Il est nommé ministre de la Défense le 21 décembre 2024 et reconduit au même poste dans le gouvernement de transition formé le 29 mars 2025.
Abou Moussab al- Souri : nom de guerre de Mustafa Bin Abd al-Qadir Setmariam Nasar. Il a environ 24 ans quand il participe à l’insurrection de la grande ville syrienne de Hama en février 1982. Moustafa gagne la France, puis se rend en Espagne où il épouse une Espagnole, ce qui lui permet d’avoir le passeport indispensable pour ses futurs voyages. En 1995, il rejoint Oussama Ben Laden en Afghanistan. De retour en Espagne en 1992, al-Souri soutient le Groupe Islamique armé algérien. Il est recherché en Espagne pour un attentat commis en 1985 ainsi que comme témoin dans les attentats de Madrid du 11 Mars 2004. Beaucoup le considèrent comme « le représentant le plus éloquent du Djihad moderne et de ses stratégies les plus sophistiquées.
En 2005, avec son compagnon, Abou Khaled al-souri Abou Moussab Al-Souri sont arrêté par les services de renseignements pakistanais et livrés à la CIA par laquelle il sera emprisonné pendant plusieurs mois. N’ayant aucune preuve contre lui, ils l’envoient à Damas. Condamné à 7 ans de prison avec Abou Khaled al Souri, Abou Moussab a été torturé presque quotidiennement par les services de renseignements syriens, jusqu’à sa disparition des radars. Abou Khaled al-Souri a été libéré avec plusieurs centaines d’islamistes lors du début de la révolte en 2011, tandis qu’ Abou Moussab n’a pas eu cette chance.
Ahmad al-Charaa: Hussein al-Charaa, père d’Ahmad al-Charaa, a été déplacé du village de Jabaleen (plateau du Golan occupé après 1967). Il était proche de la direction nationale du parti Baas, puis a étudié l’économie et a travaillé au ministère de l’économie lorsqu’Assad a pris le pouvoir, avant de partir pour l’Arabie saoudite pour y poursuivre ses études. Les fils de Hussein s’intéressèrent au commerce et ouvrirent un mini-marché à Mazzeh Jabal, et l’un de ses frères étudia la médecine.
Abou Mohammed al-Joulani est l’un des fils de Hussein. Il n’a pas réussi à obtenir son diplôme d’études secondaires durant deux ans, puis a quitté l’école pour rejoindre la Résistance islamique en Irak (le groupe de Zarqaoui). Il fut d’abord influencé par les cercles religieux de Cheikh Saad à Mezzeh, puis rejoignit un cheikh charlatan du nord nommé Abou al-Qaqa (Mahmoud Qol Agha), qui soumettait des rapports sur ses étudiants à la sécurité et était l’un de ses disciples. Son cheikh ayant été assassiné, Ahmed part avec plusieurs de ses compagnons pour « résister » en Irak. Après qu’Abou Bakr al-Baghdadi eut pris le commandement de l’État islamique en Irak, il lui confia, ainsi qu’à deux anciens officiers de l’armée de Saddam (le colonel Samir Abdul Muhammad al-Ubaidi al-Dailami, dont le nom de guerre était Haji Bakr, et Maysar bin Ali al-Jubouri, dont le nom de guerre était Abu Maria al-Qahtani, et un certain nombre d’Irakiens), la mission d’établir une branche d’Al-Qaïda en Syrie. À propos de cette mission, al-Joulani déclare : « Dieu Tout-Puissant m’a honoré en me permettant de connaître le cheikh al-Baghdadi, ce vénérable cheikh qui a respecté les droits du peuple du Levant, a doublé la dette et a approuvé un projet que nous lui avions proposé pour soutenir notre peuple opprimé au Levant. Il nous a ensuite accordé une partie des richesses de l’État malgré les difficultés qu’ils traversaient. Il a ensuite placé toute sa confiance dans ce pauvre serviteur, lui donnant le pouvoir d’élaborer des politiques et des plans, et lui a accordé quelques frères. Malgré leur petit nombre, Dieu Tout-Puissant les a bénis, eux et leur assemblée. » L’officier irakien Haji Bakr a été tué par accident. À Alep, al-Joulani a pris le commandement, assisté de l’Irakien Abu Maria al-Qahtani. Ils ont été rejoints par trois vétérans syriens de l’Avant-garde combattante qui avaient fui en Afghanistan. Selon les listes de « martyrs » du HTS, tous ces combattants sont morts en martyrs, à l’exception d’al-Joulani, qui s’est toujours entouré d’un groupe de combattants étrangers de diverses nationalités.
La position d’Al-Joulani envers la Turquie était extrêmement hostile et ne différait pas de la position des anciens officiers de l’armée irakienne qui se sont convertis à l’Islam. C’est pourquoi, dans son premier message audio annonçant la naissance du Front Al-Nosra, il a déclaré : « Il ne fait aucun doute que j’inclus dans ce crime le régime turc, qui est le nouveau bâton de l’Amérique pour lutter contre la distorsion des esprits et des approches rationnelles. Il flatte les musulmans pour gagner leur faveur afin de les nourrir de ce poison amer. L’islam du régime turc est dénué de substance ; c’est une image dénuée de sens et un corps sans âme. Le plus grand échec du projet du régime turc est que l’Amérique s’en contente : {Et ni les Juifs ni les Chrétiens ne seront satisfaits de vous tant que vous ne suivrez pas leur religion.} »
Lorsque le conflit s’est intensifié et que l’État islamique d’Irak et de Syrie (EI) s’est divisé, il a commencé à établir des relations de sécurité avec la Turquie. Le seul débouché pour les armes et le commerce était un port turc. Pendant des années, certains ont rejoint les rangs du HTS avec l’approbation des Turcs, d’autres à la demande des services de renseignement militaires turcs. Miraculeusement, le point commun de contact avec l’EI était son soutien à l’authenticité du hadith inventé par Abou Muslim al-Turkmani, l’adjoint d’al-Baghdadi : « Sous l’autorité d’Abou Hurairah, il a dit : J’ai entendu le Messager de Dieu nous faire un sermon et dire : ‘ Laissez les Turcs tranquilles tant qu’ils vous laissent tranquilles’. » Ceci afin d’empêcher toute opération de ses partisans étrangers en Turquie.
Il a signé des contrats avec diverses factions, notamment les Unités de protection du peuple, Hazm, Ahrar al-Sham, Ahrar Syria, etc., et n’en a honoré aucun. Il existe de fortes indications qu’il a été impliqué dans l’assassinat de tous les dirigeants du mouvement Ahrar al-Sham, dans une explosion de gaz qui a tué Hassan Abboud et les 24 membres de sa direction.
Dans un discours enregistré, il a critiqué le gaspillage des ressources d’Al-Nosra, qui s’élèvent selon lui à un milliard de dollars, en commentant : « Nous devons économiser autant d’argent que possible, car avoir de l’argent facilite l’attraction et le recrutement des hommes. »
Ahrar al-Sham : premier groupe militaire salafiste à émerger en Syrie en 2011. Son fondateur, Hassan Abboud, est un intellectuel islamiste qui a été emprisonné à Sednaya et libéré avec 1 400 djihadistes grâce à une amnistie accordée par Bachar al-Assad en juin 2011. Le mouvement a été considérablement affaibli depuis l’attaque qui a tué tous ses dirigeants en septembre 2014
Al Fouloul :Ahmed Al-Charaa et son équipe ont emprunté le terme « fouloul » à l’expérience égyptienne, lancée par les Frères musulmans lors de la campagne électorale de 2012, et qui incluait tous ceux qui étaient associés au régime de Moubarak. Cependant, l’expérience égyptienne s’est limitée à juger Moubarak et à humilier ces personnes sans les empêcher de participer à la vie politique. En Syrie, le terme est utilisé depuis la dissolution des organisations politiques, militaires et de sécurité sous le régime de Bachar al-Assad, lorsque Al-Charaa a appelé ceux décrits comme les vestiges de l’ancien régime à se rendre et à rendre leurs armes avant qu’il ne soit « trop tard ». Dans les faits, le « groupement d’intérêt militaire et sécuritaire» au pouvoir a quitté la Syrie, et la plupart de ses membres (plus de deux mille militaires et membres du personnel de sécurité) se trouvent en Russie. Cela n’a pas empêché l’arrestation de plus de 13 000 soldats, sous-officiers et officiers de l’armée, ainsi que de centaines d’employés alaouites, notamment ceux travaillant dans les secteurs médical et éducatif. Le mot est donc devenu, comme le dit la chercheuse syrienne Rahaf Al-Daghli : « un mot sécuritaire qui légitime la violence ». Dire à quelqu’un que vous faites partie des fouloul, c’est comme lui dire que vous méritez une balle. Ce terme est utilisé aujourd’hui pour mobiliser contre quiconque faisait partie de l’État syrien, en particulier l’armée, mais il s’étend parfois jusqu’à inclure même les civils qui ne se sont pas intégrés au nouveau régime. Étant donné que Hayat Tahrir al-Cham considérait l’ancien régime comme un régime alaouite, il en est venu à inclure les Alaouites.
Alaouites :branche chiite de l’islam, principalement présente en Syrie, également appelés alawites ou nusayris. Leur nom vient de leur vénération d’Ali, cousin et gendre du prophète Mohammed, considéré comme le premier imam de cette branche du chiisme. Ils représentent près de 12 % de la population syrienne. Comme les autres minorités non sunnites, leur participation dans la construction de la Syrie post-ottomane est marquée par le rôle de leur intellectuels et cadres dans la vie et la construction de la Syrie au XXème siècle.
Après le coup d’État de 1963, l’influence des officiers alaouites dans l’armée a commencé à croître. Hafez al-Assad, après un coup d’État militaire, a pu s’emparer du pouvoir et établir plusieurs unités spéciales sur lesquelles il s’est appuyé pour construire son régime autoritaire. Il s’appuyait pour cela sur deux grands clans alaouites : son propre clan Qarahleh et le clan Matawwara. À partir d’eux, il a construit ce que Max Weber a appelé son groupement d’intérêt militaire qui a dirigé la Syrie même après sa mort. Bien qu’il s’appuie sur diverses sectes pour administrer le gouvernement, la présence d’une nette majorité dans son appareil de sécurité issue de ces deux clans créait un lien entre son régime et la secte. Les Frères musulmans ont toujours assimilé le pouvoir d’Assad a tous les alaouites (il faut noter que la plupart des figures de l’opposition à son régime étaient des alaouites de gauche).
Anas Khattab : On peut lire sur la page officielle de l’ONU: “Anas Hasan Khattab a été inscrit sur la Liste des sanctions contre l’EIIL (Daech) et Al-Qaida le 23 septembre 2014 en application des paragraphes 2 et 4 de la résolution2161 (2014) du Conseil de sécurité, comme associé à Al-Qaida pour avoir concouru à financer, organiser, faciliter, préparer ou exécuter des actes ou activités du Front el-Nosra en association avec celui-ci, sous son nom ou pour son compte ou pour l’avoir soutenu, et pour avoir soutenu, de toute autre manière, des actes ou activités du Front. Au début de l’année 2014, Anas Hasan Khattab était haut responsable administratif du Front el-Nosra pour le peuple du Levant. À la fin de l’année 2013, il faisait partie des dirigeants du Front el-Nosra, dont il était haut responsable administratif. À la mi-2013, Khattab était aussi membre de la Choura du Front el-Nosra“. Chargé d’infiltration et d’élimination des éléments concurrents dans le mouvement djihadistes et l’armé libre, on lui attribue la liquidation de nombreux responsables rivaux. Nommé après l’arrivée au pouvoir du HTC/SHS responsable des renseignements généraux en Syrie, il supervise les opérations de nettoyage sectaire contre les Alaouites dans le Sahel. Il est actuellement ministre de l’Intérieur dans le gouvernement d’intérim à Damas.
Front islamique : face à l’influence dominante des non-Syriens dans l’EI et du Front al-Nosra, qui a donné aux combattants étrangers un rôle de premier plan dans le déroulement des combats en Syrie, les dirigeants syriens de plusieurs factions salafistes-djihadistes se sont réunis et ont décidé de créer un front commun basé sur les combattants syriens et proposant un programme qui serait compatible avec la société syrienne, avec ses divers groupes, sectes et ethnies. Plusieurs factions, notamment Ahrar al-Sham et Jaysh al-Islam, ont accepté de déclarer ce front. Le Front a rencontré un certain nombre de responsables occidentaux, dont l’ambassadeur américain Robert Ford, pour expliquer son projet. Hassan Abboud, le chef d’Ahrar al-Sham, a préparé un « code d’honneur révolutionnaire ». Les services de renseignement d’Al-Qaïda, turcs et qataris se sont opposés à ce projet, et Hassan Abboud a été soumis à des campagnes de takfir (excommunication) de la part des djihadistes salafistes. L’incident a culminé avec un attentat à la bombe majeur qui a coûté la vie aux dirigeants d’Ahrar al-Sham, affaiblissant ainsi le Front islamique.
Hakan Fidan : issu du clan kurde Seytitki, Hakan Fidan est né en 1968 à Ankara, la capitale turque. Il sort diplômé de l’académie militaire et de l’école militaire des études linguistiques. Il sert ensuite dans la Force de réaction de l’OTAN en Allemagne. Il obtient un baccalauréat en études politiques et administratives à l’université du Maryland aux USA. De retour en Turquie, il obtient un doctorat en relations internationales à l’université Bilkent. Entre 2003 et 2007, il est successivement affecté à l’AIEA, à Vienne, puis à l’Institut des Nations unies pour la recherche et le développement à Genève, avant de rejoindre le Centre de recherches sur l’information et la vérification des technologies de Londres]. Enfin, il travaille dans l’agence publique de coopération internationale turque (TİKA), une organisation gouvernementale destinée à accroître l’influence turque sur les pays en développement, en particulier les pays turciques. En novembre 2007, il entre dans le cabinet du Premier ministre Recep Tayyib Erdogan en tant que sous-secrétaire d’Etat adjoint. Le 25 mai 2010, il est nommé sous-secrétaire, c’est-à-dire chef, du Milli Istihbarat Teskilati, les services secrets turcs (MIT).
En 2012, Erdoğan déclare que Fidan est « un fonctionnaire très efficace », « il est le gardien de mes secrets, le gardien des secrets de l’État »[. Fidan est considéré comme « l’un des hommes les plus puissants de Turquie ». Seul responsable en Turquie autorisé de négocier avec les terroristes par une décision parlementaire et gouvernementale, Fidan construit un réseau régional et international qui lui permet de contrôler et de gérer l’entrée de plus de 120 000 djihadistes de près de 60 pays en Syrie et en Iraq. Il arrive à contrôler une situation ingérable et à renverser le régime de Bashar al Assad suite à un deal qui fait entrer la Syrie dans un avenir très un certain. Un pari sur son avenir personnel de successeur pré-désigné d’Erdogan.
Hauran : territoire du sud de la Syrie et du nord de la Jordanie. La ville principale du Hauran est Daraa, berceau de la révolte syrienne de 2011.
Hour Al-Aïn : vierges du paradis.
Ibn Taymiyyah : Il est difficile de parler d’Ibn Taymiyyah car le mythe et les faits se mélangent lorsqu’on examine sa carrière et ses écrits. La base sur laquelle reposent les opinions d’Ibn Taymiyyah se trouve intégralement dans la « Doctrine Qadirite » (1018 après J.-C. – 409 après J.-C.), le premier décret du calife abbasside (Al-Qadir Billah 381 – 442 après J.-C. – 991 – 1031 après J.-C.), qui stipulait la définition de la foi musulmane et l’obligation d’agir conformément à ses chapitres, qui commencent par la déclaration : « Telle est la foi des musulmans, et quiconque la contredit commet un acte d’immoralité et de mécréance». En matière de foi, nous ne trouvons rien de nouveau dans la jurisprudence sunnite hanbalite, et nous ne trouvons que ses opinions personnelles sur des questions marginales (comme la confirmation du droit d’un homme à divorcer de sa femme), tandis qu’en matière de califat, nous le trouvons soutenant la légitimité basée sur alshaouka: la force, la violence et les armes. Il se concentre sur l’interdiction de l’alcool, de la musique, la philosophie et de la littérature, et considère l’excommunication et la lutte contre toutes les sectes islamiques (Mu’tazila, Jahmiyya, diverses écoles chiites, Batiniyya, Soufis, Ismaéliens, Alaouites, etc.) comme un devoir religieux, et il a personnellement participé à des campagnes de persécution à leur encontre dans la Bekaa et au Mont Liban. Les fatwas d’Ibn Taymiyyah auraient disparu avec leur temps, si Mohammed Ibn Abd al-Wahhab (1703-1793) n’avait pas trouvé en elles quelque chose qui convenait à la nature nomade et à la pauvreté culturelle de la péninsule arabique, il s’est appuyé sur elles pour propager le wahhabisme dans l’actuelle Arabie saoudite et au Qatar. Cette doctrine a remporté des victoires militaires qui l’ont portée au pouvoir grâce à une alliance entre les Al ash-Sheikh (le clan de Mohammed ibn Abd al-Wahhab) et les Al Saoud, qui dirigent l’Arabie saoudite depuis près d’un siècle. Le pétrole et le gaz ont complété le rôle anhistorique de cette école extrémiste de l’islam.
Nawa : ville du gouvernorat de Daraa qui a joué un grand rôle dans le soulèvement pacifique de 2011.
Sabaya : captives de guerre, esclaves sexuelles
Sahel : région côtière comprenant les villes de Lattaquié, Tartous et Jabla, dont la population est majoritairement alaouite.
Saqr Manoun : général de brigade, chef du service de renseignement de l’armée de l’air du régime Assad
Sednaya : prison dépendant du ministère de la Défense et gérée par la police militaire sous tutelle directe de la division du renseignement militaire, construite par Hafez al-Assad en 1987. Entre 1987 et 2000, la prison a accueilli principalement des prisonniers de gauche: du Parti d’Action Communiste, du Parti Communiste-BP, des partis kurdes, du Parti du Baas démocratique, des syndicalistes, les militants des droits humains (notamment CDF) et des prisonniers islamistes et des militaires critiques du régime, des Libanais et des Palestiniens… Mais depuis le début de la “Guerre contre le terrorisme” la coloration politique des prisonniers a complétement changé: les salafistes, syriens et arabes, sont devenus le groupe visitant le plus fréquemment la prison. Le nombre de djihadistes salafistes emprisonnés a atteint près de 2 000 en 2011. Depuis la révolte de 2011, Sednaya est devenu le premier centre de détention et le symbole de la torture et de l’arbitraire. Des dizaines de milliers de prisonniers y sont passé.
Les détenus survivants sont libérés par les rebelles syriens dans la nuit du 7 au 8 décembre 2024. Parmi les détenus libérés figurent « des Syriens mais aussi des Libanais, des Palestiniens, des Irakiens… Des démocrates, des communistes, des chrétiens, des druzes, des chiites, des frères musulmans, des journalistes, des avocats, des étudiants » Un nombre important de femmes et d’enfants sont également découverts.
Shabiha : « spectres, apparitions fantomatiques », à l’origine des gangs paramilitaires, étaient des groupes d’hommes armés en tenue civile qui agissaient pour le gouvernement de Bachar al-Assad. L’opposition syrienne et les groupes de défense des droits humains affirmaient tous que les Shabiha sont un outil du régime pour réprimer et terroriser la population et le mouvement de contestation populaire
Tahrim :Al Tahrim ou la prohibition est l’expression religieuse historique de « la censure et des interdictions ». Il n’existe pas de moyen plus efficace pour empêcher les opinions ou les coutumes dissidentes qui ne sont pas en harmonie avec un groupe religieux que de revêtir l’interdit d’un vêtement sacré. Bien que les interdictions du Coran se limitent aux relations sociales de base, les interdictions au sein des groupes religieux s’étendent à divers aspects de la vie. Nous retrouvons ce phénomène parmi les groupes extrémistes juifs et islamiques, entre autres.
Tafjir : littéralement, faire exploser, est un terme utilisé par le réformateur islamique Laith Shubaylat pour décrire l’utilisation aléatoire de la violence par les groupes djihadistes salafistes.
Takfir :selon la majorité des écoles islamiques, déclarer une personne infidèle (takfir) est une affaire très sérieuse, car cela autorise à verser son sang après qu’elle a été précédemment protégée. Le Prophète Mohammed a dit : «Quiconque dit : « Il n’y a de dieu que Dieu », son sang et ses biens sont protégés». Cette vision n’a pas empêché l’émergence de l’idée selon laquelle les sociétés islamiques sont considérées comme des « jahiliyyah du vingtième siècle » et que la plupart des musulmans qui ne s’engagent pas dans le djihad pour établir le règne de « Dieu » sur terre sont des infidèles. Ce mouvement minoritaire s’est mobilisé avec succès pour le djihad contre le communisme en Afghanistan après l’intervention de l’Union soviétique dans le conflit afghan au XXe siècle et le soutien occidental aux moudjahidines contre le communisme. On connaît la suite.
Youssef al-Qardaoui : né le 9 septembre 1926 en Égypte et mort le 26 septembre 2022 à Doha, étudiant à al-Azhar, membre du mouvement des Frères musulmans, il quitte l’Égypte en 1961 pour vivre à Doha. Il devient vite le Mufti de l’État du Qatar.
Lorsque Hamad bin Khalifa a pris le pouvoir en 1995, il chercha à former un organisme parallèle à Al-Azhar et chargea Qardaoui de cette tâche. Ce dernier a supervisé le programme religieux d’Al Jazeera et de plusieurs institutions islamiques. Son rôle est devenu évident en 2011 lorsqu’il a émis une fatwa soutenant l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, et a ensuite rassemblé 500 religieux salafistes et membres des Frères musulmans pour déclarer le djihad en Syrie. Ce qui a ébranlé l’image qu’il tentait de présenter d’islamiste modéré. Juste avant sa mort, al-Qardaoui considérait le président Recep Tayyip Erdoğan comme l’espoir des musulmans pour la reconstruction du califat islamique.
Un préambule indispensable …………………………………………………… 3
1 La loi de la jungle ………………………………………………………………… 7
2 Film des événements…………………………………………………………. 16
3 L’Étaticule joulanesque ou les sécrétions putrides du totalitarisme
djihadiste…………………………………………………………………………… 24
4 Takfiris et discours de haine ………………………………………………… 40
Glossaire …………………………………………………………………………… 75
Manifeste contre le fascisme djihadiste
Traduit de l’arabe par Tlaxcala
Éditions The Glocal Workshop/L’Atelier Glocal
Collection erga omnes
Mai 2025

