{"id":2770,"date":"2004-05-09T13:06:19","date_gmt":"2004-05-09T13:06:19","guid":{"rendered":"http:\/\/s583949910.onlinehome.fr\/?p=2770"},"modified":"2025-05-13T05:12:31","modified_gmt":"2025-05-13T05:12:31","slug":"prison-dabou-ghraib-du-spectacle-aux-crime-et-chatiment","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haythammanna.net\/languages\/prison-dabou-ghraib-du-spectacle-aux-crime-et-chatiment\/","title":{"rendered":"Prison d\u2019Abou Ghraib Du spectacle aux crime et ch\u00e2timent."},"content":{"rendered":"<p>Ni le Pentagone ni la maison blanche n\u2019ont daign\u00e9 regarder un des rapports des organisations des droits de l\u2019homme ou des ONGs humanitaires. Les intellectuels du Pentagone, eux aussi, n\u2019ont pas trouv\u00e9 le temps qu\u2019il faut pour lire les rapports militaires et s\u00e9curitaires. Ceux-ci \u00e9voquaient la pratique de la torture \u00e0 grande \u00e9chelle et de mani\u00e8re syst\u00e9matique par les forces d\u2019occupation et les mercenaires dans les centres de d\u00e9tention irakiens. A signaler \u00e0 ce propos que M. Bremer avait refus\u00e9 de nous recevoir avec d\u2019autres militants des droits de l\u2019homme lorsqu\u2019une demande a \u00e9t\u00e9 faite dans ce sens. Quant \u00e0 son porte parole, il a refus\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 nos questions sur les raisons d\u2019arrestation de Mohamed Abou Al-Abbas. Il est aussi rest\u00e9 ferm\u00e9 \u00e0 la mise en garde que nous lui avons adress\u00e9e quant aux dangers de r\u00e9server \u00e0 Abou Al-Abbas un traitement qui traduirait une vengeance. L\u2019issue \u00e9tait le drame survenu quelques mois apr\u00e8s, lorsque le corps d\u2019Abou Al-Abbas fut d\u00e9couvert inerte dans un centre am\u00e9ricain de d\u00e9tention en Iraq.<\/p>\n<p>N\u2019\u00e9taient-ils pas au courant\u00a0? Ou alors les Etats Unis vivent une ann\u00e9e \u00e9lectorale insensible \u00e0 cet Irak qui souffre d\u2019h\u00e9morragies humaines et \u00e9conomiques\u00a0? Les marchandages des contrats de derni\u00e8re minute ne sont-ils pas plus importants que la dignit\u00e9 de ceux que l\u2019on appelle d\u00e9sormais \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb\u00a0? Le m\u00e9pris que subissent les Irakiens ne fait-il pas partie d\u2019un soutien \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des troupes sans esprit et au moral de soldats sans morale et de combattant sans cause\u00a0?<\/p>\n<ol>\n<li>Donald Rumsfeld attire notre attention sur \u00ab\u00a0l\u2019une des vertus du pr\u00e9sident am\u00e9ricain\u00a0\u00bb qui est de conf\u00e9rer l\u2019appellation de \u00ab\u00a0Talibans\u00a0\u00bb au peuple irakien et non pas d\u2019Al Qa\u00efda\u00a0! Car il n\u2019avait envoy\u00e9 aucun Irakien \u00e0 Guantanamo et aurait, m\u00eame, autoris\u00e9 et \u00e0 plusieurs reprises les journalistes de visiter les salles de la prison d\u2019Abou-Ghraib. Prison qui a \u00e9t\u00e9 repeinte et restaur\u00e9e pour les besoins des relations publiques.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Selon des donn\u00e9es de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, datant du mois de novembre dernier, 1,5 millions de dollars environ ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bours\u00e9s sur des civiles irakiens en r\u00e9ponse \u00e0 des requ\u00eates de d\u00e9dommagement. Requ\u00eates pr\u00e9sent\u00e9es par des victimes ou ayants droit, en r\u00e9paration de torts dus \u00e0 des blessures, d\u00e9c\u00e8s ou d\u00e9t\u00e9riorations de biens priv\u00e9s. D\u2019apr\u00e8s ce qui a \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9, certaines demandes, estim\u00e9es au nombre de 10402, concernent des accidents, provoqu\u00e9s par des soldats am\u00e9ricains, qui ont caus\u00e9 la mort de civils irakiens et en ont bless\u00e9 gri\u00e8vement d\u2019autres sans raison apparente. Il demeure que les autorit\u00e9s d\u2019occupation restent dans pareils cas seules juges de ce qui est retenu comme plainte et class\u00e9 sans suite.<\/p>\n<p>Depuis le 27 juin 2003, l\u2019ordonnance 17 est entr\u00e9e en application. Elle stipule dans sa seconde partie ce qui suit\u00a0: \u00ab\u00a0Les autorit\u00e9s provisoires de la coalition, les forces de la coalition et les missions \u00e9trang\u00e8res de liaison\u00a0 ainsi que leurs bases, biens et avoirs b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019immunit\u00e9 quant aux dispositions des lois irakiennes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette ordonnance a \u00e9t\u00e9 concr\u00e8tement appliqu\u00e9e par la formation de \u00abCeux qui r\u00e8gnent au dessus de la loi\u00bb et qui comprend tous ceux, militaires ou civils, entrepreneurs ou combattants, qui collaborent avec les forces d\u2019occupation. Tous b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un mod\u00e8le type d\u2019impunit\u00e9.<\/p>\n<p>Tout ce qu\u2019ont fait les ONG de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme est rest\u00e9 vain face au mur de silence. Le monde du spectacle avait besoin d\u2019un spectacle criard pour entendre le message apr\u00e8s que tous les moyens moraux et d\u00e9ontologiques aient \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9s. Un terrible spectacle qui conjugue la symbolique de la crucifixion du Christ avec la cagoule et la nudit\u00e9. La crucifixion comptait, jadis, sur la fixation de clous aux extr\u00e9mit\u00e9s, alors qu\u2019aujourd\u2019hui elle s\u2019\u00e9labore avec le ligotage des membres sensibles par des fils \u00e9lectriques. Aussi le m\u00e9pris n\u2019est plus l\u2019\u0153uvre des seuls soldats ivrognes, mais aussi d\u2019une femme qui soumet des hommes et exhibe son arrogance par l\u2019image et le son.<\/p>\n<p>Les charniers d\u2019Hitler, de Staline ou de Saddam entassaient, tels des sacs de pomme de terre, des cadavres jet\u00e9s dans des tranch\u00e9es. Alors que le spectacle hollywoodien actuel met devant nos yeux des corps nus, de la chair par dessus la chair, o\u00f9 l\u2019on pourrait m\u00eame entendre les railleries sadiques des tortionnaires et percevoir leur penchant pathologique \u00e0 la vengeance. Tout m\u00e8ne, cependant, \u00e0 croire que ce genre de spectacle est le seul capable d\u2019attirer l\u2019ouie de la majorit\u00e9 am\u00e9ricaine atteinte de surdit\u00e9 depuis le tragique \u00ab\u00a011 septembre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019ing\u00e9nieur Paul Wolfowitz se dissimule dans l\u2019antichambre du Pentagone et d\u00e9bute l\u2019op\u00e9ration spectaculaire de traque d\u2019un bouc-\u00e9missaire qui attesterait que ce qui s\u2019est produit est l\u2019\u0153uvre d\u2019une poign\u00e9e de soldats qui n\u2019ont plus de liens avec les valeurs am\u00e9ricaines. Mais le vrai probl\u00e8me consiste aujourd\u2019hui dans l\u2019octroi de Rumsfeld, pour son b\u00e9n\u00e9fice personnel, du monopole de son minist\u00e8re des choix globaux\u00a0: de la mondialisation de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence \u00e0 l\u2019occupation de l\u2019Irak en passant par l\u2019accroissement consid\u00e9rable du budget d\u2019armement am\u00e9ricain. Ce qui signifie qu\u2019il est bel et bien \u00e0 la t\u00eate de la pyramide.<\/p>\n<p>Parmi les r\u00e9actions aux images de torture, on d\u00e9c\u00e8le des indices de d\u00e9cadence de \u00ab\u00a0la culture d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb dans le camp des alli\u00e9s des Etats Unis, tels que ce genre de r\u00e9action\u00a0: Pourquoi protestez-vous\u00a0? Oubliez-vous les crimes de Saddam\u00a0? Pourquoi\u00a0?\u2026 Pourquoi\u00a0?\u2026 Alors que les responsables am\u00e9ricains parlent de sentiment d\u2019horreur et de d\u00e9gout, le quotidien de Bagdad \u00ab\u00a0Al-Sabah\u00a0\u00bb du 06\/05\/2004, \u00e9dit\u00e9 par les forces d\u2019occupation, \u00e9voque les propos de Djalal Al-Talabani qui dit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il ne faut pas exag\u00e9rer la situation comme si ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e9tait quelque chose d\u2019extr\u00eamement sauvage ou quelque chose\u2026 qui exigerait de revoir la politique [actuelle].\u00a0\u00bb Depuis quand le viol de dix femmes ferait du viol d\u2019une seule femme un crime d\u2019une moindre importance\u00a0? Un crime est un crime, tout comme un meurtre est un meurtre et une torture est une torture, car toute vie a sa dignit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Au 20\u00e8me si\u00e8cle, les droits de l\u2019homme ont eu les fondements de leurs principes \u00e9labor\u00e9s et pu se concentrer sur leur promotion et le suivi de leur application ou violation. S\u2019ils s\u2019\u00e9taient concentr\u00e9s sur les responsabilit\u00e9s juridiques, morales et politiques, ces droits se trouvent, aujourd\u2019hui au 21\u00e8me si\u00e8cle, confront\u00e9s au d\u00e9fit qui les appelle \u00e0 d\u00e9passer ces limites pour situer, dans les faits, la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale et rendre justice.<\/p>\n<p>Les questions qui se posent, toutefois, dans cette all\u00e9gresse de notre \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 du spectacle\u00a0\u00bb actuelle sont les suivantes\u00a0: Comment peut-on classifier ces crimes et quelles sont les parties habilit\u00e9es pour ce faire\u00a0? Peut-on \u00e9largir le champ de comp\u00e9tence en mati\u00e8re de poursuites depuis les pays concern\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 d\u2019autres pays ou instances\u00a0internationales? Peut-on transformer l\u2019atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 humaine en valeur connue quantifiable\u00a0? Peut-on en estimer les dommages\u00a0? Les tribunaux, autres que ceux des Etats unis, sont-ils comp\u00e9tents pour enqu\u00eater sur les crimes de l\u2019occupation et les juger\u00a0? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions n\u2019impliquent-elles pas, au pr\u00e9alable, une volont\u00e9 politique absente\u00a0? Qui est apte, dans ce cas, \u00e0 l\u2019actionner ou \u00e0 la d\u00e9tourner pour soutenir d\u2019autres desseins\u00a0?<\/p>\n<p>La torture et les droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>On peut s\u2019\u00e9tonner de voir que l\u2019interdiction de la torture et la sanction qu\u2019elle engendre en tant que crime\u00a0 est une id\u00e9e nouvelle. On est encore plus \u00e9tonn\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que cette longue marche, qui a dur\u00e9 des mill\u00e9naires avant d\u2019aboutir \u00e0 un texte des nations interdisant la torture, est pass\u00e9e par de longues \u00e9tapes, cons\u00e9cutives et \u00e9volutives. En effet, les premi\u00e8res formes de contestation de la torture ne l\u2019\u00e9taient pas en consid\u00e9rant celle-ci comme un crime et un acte prohib\u00e9, mais comme une pratique inefficace. Pratique qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 ce qu\u2019on attend d\u2019elle ou qui constitue une d\u00e9rive par rapport aux m\u00e9thodes naturelles d\u2019obtention d\u2019informations ou d\u2019humiliation de l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Dans les grandes religions, il n\u2019existait pas de position unique concernant la torture. Alors qu\u2019en Islam, la parole du proph\u00e8te stipulait que\u00a0\u00ab\u00a0Dieu torturera ceux qui torturent dans ce bas monde\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0Les premiers qui p\u00e9n\u00e8treront l\u2019enfer, le jour du jugement dernier, sont ceux qui tiennent les fouets et qui fouettent les gens sous les ordres des despotes \u00bb(1). Il reste que la plupart des responsables ont cherch\u00e9 une couverture \u00e0 leurs crimes dans les ch\u00e2timents qui \u00e9taient prescrits dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019Etat de l\u2019Islam. Il est de m\u00eame dans la chr\u00e9tient\u00e9, o\u00f9 nous retrouvons, tr\u00e8s t\u00f4t et tr\u00e8s en avance, une position du pape Nicolas I qui consid\u00e9ra que la torture \u00e9tait un double crime. Depuis le neuvi\u00e8me si\u00e8cle et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en 866, il \u00e9criv\u00eet au prince de Bulgarie, s\u2019exprimant en ces termes\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Je suis au courant que lorsque vous arr\u00eatez un malfaiteur, vous le chargez de tortures jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il avoue. Chose qu\u2019aucune loi du ciel ou des humains n\u2019autorise\u2026 Quelle honte et quelle humiliation si aucune preuve mat\u00e9rielle n\u2019est apparue apr\u00e8s la torture\u00a0? Mesurez-vous l\u2019\u00e9tendue de l\u2019injustice qu\u2019engendre l\u2019emploi de la torture (2).\u00bb<\/p>\n<p>Paradoxalement, un d\u00e9clin accompagnera en la mati\u00e8re les tribunaux de l\u2019inquisition. Au moins trois papes ( Innocent IV, Cl\u00e9ment IV et Alexandre IV) iront jusqu\u2019\u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer sur la question. Pour ainsi dire, le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0l\u2019individualisation\u00a0\u00bb, comme \u00e9tant un produit de civilisation, connu aussi bien en Gr\u00e8ce qu\u2019en Perse, en Inde, en Chine, \u00e0 Rome, \u00e0 la Mecque, etc. n\u2019a pas pu assurer ou soumettre la question de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique et morale comme \u00e9tant un droit et un principe fondamental. Il nous fallait donc attendre la naissance du concept de la personne, en d\u2019autres termes la naissance d\u2019un concept positif des droits de l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9poque des lumi\u00e8res, pour poursuivre le sujet de fa\u00e7on m\u00e9thodique distincte. Cependant, cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y avait pas avant cette date de voix qui s\u2019\u00e9levaient contre la torture.<\/p>\n<p>Le concept de droit de l\u2019homme (au sens masculin au d\u00e9part) a accompagn\u00e9 la naissance d\u2019\u00e9coles philosophiques id\u00e9alistes qui se consacraient \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019individu. Non celui consid\u00e9r\u00e9 comme le noyau central de la richesse par les soci\u00e9t\u00e9s commerciales usuri\u00e8res, mais dans la dimension que lui donnent corps l\u2019ensemble des droits non-encore admis \u00e0 cet \u00eatre dans sa qu\u00eate de reconnaissance de sa r\u00e9elle valeur. Un \u00eatre qui constitue \u00ab\u00a0le centre de l\u2019univers\u00a0\u00bb, comme le disent Ikhwan Assafa. Ce qui constitue une reconnaissance de l\u2019\u00eatre, cr\u00e9\u00e9 par Dieu \u00e0 son image pour l\u2019honorer, comme le d\u00e9claraient les premiers humanistes en Europe qui relayaient les \u00e9chos des traductions d\u2019Averro\u00e8s. L\u2019image miniature de ce monde qui n\u2019a pas d\u2019\u00e9gale, ses particularit\u00e9 et sp\u00e9cificit\u00e9 lui octroient des droits naturels imprescriptibles. Car, loin d\u2019\u00eatre le produit d\u2019une id\u00e9ologie ou d\u2019une croyance, elle est l\u2019enfant de la nature humaine et des pr\u00e9ceptes de la vie.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter toute confrontation avec les th\u00e9ories qui d\u00e9fendent le groupe (nation, peuple, dogme ou religion), la tentative d\u2019Emmanuel Mounier, au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, a essay\u00e9 de mettre sur pieds les fondements du \u00ab\u00a0personnalisme\u00a0\u00bb. Et ce, dans une tentative de trouver une issue au pi\u00e8ge de confrontation entre les deux \u00e9coles en guerre perp\u00e9tuelle, en ce qui concerne la conciliation entre l\u2019importance de l\u2019individu en tant que tel et la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019ouvrir sur le groupe. Apr\u00e8s les deux derniers si\u00e8cles, il se r\u00e9v\u00e8le un succ\u00e8s dans la perception de la personnalit\u00e9 chez l\u2019individu, non seulement dans l\u2019acte politique qu\u2019il accomplit mais aussi dans la place centrale qu\u2019il occupe dans le monde des sciences. Il est dans la philosophie le \u00ab\u00a0Cogito cart\u00e9sien\u00a0\u00bb et l\u2019\u00eatre qui compose le monde dans l\u2019\u00e9cole id\u00e9aliste. Dans ses \u00e9tats et comportements, il reste l\u2019unique sujet de la psychologie. En sociologie, il repr\u00e9sente la somme des situations et des r\u00f4les et le centre et point d\u2019orgue des relations qui font la soci\u00e9t\u00e9. Dans le droit, il constitue l\u2019objet des droits et devoirs, en politique il est le citoyen et l\u2019\u00e9lecteur et en \u00e9conomie c\u2019est le producteur et le consommateur.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces exemples nous d\u00e9montre que l\u2019individu est devenu aussi pr\u00e9dominant qu\u2019actif et d\u00e9passe de loin le r\u00f4le de cellule assujettie \u00e0 un tissu social ou d\u2019un simple num\u00e9ro d\u2019un groupe arithm\u00e9tique (3). Ne nous \u00e9tonnons donc pas si cette lutte des th\u00e9ories politiques entra\u00eene et accompagne l\u2019\u00e9closion d\u2019un militantisme pour une int\u00e9grit\u00e9 physique, \u00e0 cette personne nouvelle, qui attend encore qu\u2019on la reconnaisse. Il ne faut pas non plus nous \u00e9tonner de savoir que les plus importants recueils connus contre la torture n\u2019aient apparu qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des lumi\u00e8res, c\u2019est \u00e0 dire vers le d\u00e9but du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. A cette \u00e9poque, il devenait possible de suivre un nouveau discours chez le math\u00e9maticien et d\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, l\u2019Italien Beccaria (1738-1794). Auteur d\u2019un livre sur les \u00ab\u00a0Crimes et ch\u00e2timents\u00a0\u00bb, il pose les questions suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0La torture ainsi que ses instruments sont-ils consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant justes et arrivent-ils aux fins que veut la loi\u00a0? Les ch\u00e2timents r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans le cadre de cette torture sont-ils efficaces\u00a0? Quel est l\u2019impact de la torture et de ses instruments sur les coutumes et valeurs sociales\u00a0? Ce sont l\u00e0 les probl\u00e8mes qu\u2019il faut r\u00e9soudre avec pr\u00e9cision de fa\u00e7on \u00e0 ce que les discussions oiseuses et les analyses divergentes ne peuvent en r\u00e9futer les solutions n\u00e9cessaires.\u00a0\u00bb Dans son livre, il s\u2019en pend \u00e0 la torture et \u00e0 la peine de mort. Il fut le premier \u00e0 d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9ducation comme moyen de combattre le crime. Ses avis ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la r\u00e9forme du code p\u00e9nal dans plusieurs pays occidentaux, parmi lesquels les Etats unis.<\/p>\n<p>Le juriste allemand (p\u00e8re du philosophe connu) Paul Feuerbach (1775-1833), a jou\u00e9, quant \u00e0 lui, un r\u00f4le de premi\u00e8re importance dans le royaume de Bavi\u00e8re. Son militantisme a permis la promulgation de la premi\u00e8re loi connue qui abolissait la torture, publi\u00e9e en 1813. De m\u00eame que Voltaire \u00e9tait connu pour ses positions de d\u00e9sapprobation de ce ph\u00e9nom\u00e8ne contre lequel il s\u2019est insurg\u00e9 dans sa c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9fense de Callas. Celui-ci fut tortur\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 en 1762, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 injustement accus\u00e9 du meurtre de son fils protestant qui voulait se reconvertir au catholicisme.<\/p>\n<p>Notre ami Moncef Marzouki, commente le cri de Voltaire par ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0De toute \u00e9vidence, la condamnation de Voltaire d\u00e9passait son temps\u00a0; et bien qu\u2019elle soit loin d\u2019\u00eatre ignor\u00e9e, la pratique de la torture s\u2019est poursuivie et s\u2019est m\u00eame intensifi\u00e9e apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la r\u00e9volution fran\u00e7aise. Cela bien que cette derni\u00e8re repr\u00e9sente une nette avanc\u00e9e de l\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9laboration de la personne extraite des entrailles de l\u2019individu. Une op\u00e9ration, pour ainsi dire, c\u00e9sarienne d\u2019une grande d\u00e9licatesse et sensibilit\u00e9 mais aussi d\u2019une s\u00e9rieuse lenteur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ces batailles des pens\u00e9es le plus important demeure dans leur existence m\u00eame. Car elles divulguent une r\u00e9bellion grandissante contre ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9, tout au long de l\u2019Histoire, comme \u00e9tant une \u00e9vidence\u00a0: la d\u00e9consid\u00e9ration de l\u2019individu. De m\u00eame qu\u2019elles d\u00e9montrent la perp\u00e9tuation de la lib\u00e9ration politique continue de l\u2019individu occidental et la p\u00e9rennit\u00e9 de son combat pour ses droits politiques et socio-\u00e9conomiques. Ce qui signifie qu\u2019en Occident, le mouvement social a \u00e9volu\u00e9 en osmose avec la lib\u00e9ration d\u00e9mocratique qui accompagnait l\u2019\u00e9laboration de la personne en tant que valeur aussi importante que la collectivit\u00e9. La reconnaissance, \u00e0 l\u2019individu, d\u2019une valeur autre qu\u2019un simple nombre dans une \u00e9quation, qu\u2019il est un \u00eatre qui poss\u00e8de une dignit\u00e9 qui lui est propre. D\u2019o\u00f9, il en d\u00e9coule des droits, car l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique et morale est un de ses droits fondamentaux.<\/p>\n<p>La torture et le droit international<\/p>\n<p>Nul doute que la d\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme a jou\u00e9 le r\u00f4le essentiel pour mettre les points sur les \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb, fut-il de mani\u00e8re subtile. Car les termes les plus importants qu\u2019elle comporte, ce n\u2019est pas ceux de \u00ab\u00a0droits\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb mais cette attention ininterrompue qui ouvre chaque paragraphe\u00a0: \u00ab\u00a0chaque personne\u00a0\u00bb\u2026 C\u2019est \u00e0 dire la cons\u00e9cration du transfert des droits de l\u2019individu \u00e0 la personne. Ce qui demeure plus substantiel que tout, cependant, c\u2019est cette translation du pays au continent, puis du continent \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re. Tel les dix commandements, l\u2019article 5 de la d\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme a grav\u00e9 la position de l\u2019humanit\u00e9 sur cette question\u00a0: \u00ab\u00a0Nul ne sera soumis \u00e0 la torture, ni \u00e0 des peines ou traitements cruels, inhumains ou d\u00e9gradants.\u00bb<\/p>\n<p>Les Hommes ne se sont pas arr\u00eat\u00e9s \u00e0 cette d\u00e9claration de principes. A travers le monde et au niveau des Nations unis, les soci\u00e9t\u00e9s civiles ont r\u00e9ussi \u00e0 affirmer que la mondialisation de torture n\u00e9cessite la mondialisation de son interdiction et sa criminalisation. Et ce, en consid\u00e9rant la reconnaissance de l\u2019obligation d\u2019interdire la torture et autres traitements d\u00e9gradants et inhumains une base dans le droit international coutumier. Cette interdiction devient aussi primordiale dans le droit international public, comme norme obligatoire qui engage l\u2019ensemble des pays, qu\u2019ils aient sign\u00e9 ou non les conventions internationales concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Le pacte relative aux droits civiques et politiques constitue la convention internationale la plus importante dans le domaine cit\u00e9. En la mati\u00e8re, il est coercitif pour les pays signataires dont le nombre a d\u00e9pass\u00e9 148 pays, parmi lesquels les Etats unis, la Grande Bretagne et l\u2019Irak.\u00a0 Son article 7 stipule\u00a0: \u00ab\u00a0Nul ne sera soumis \u00e0 la torture ni \u00e0 des peines ou traitements cruels, inhumains ou d\u00e9gradants.[\u2026]\u00bb<\/p>\n<p>Ce pacte contient d\u2019autres articles qui ont pour objet la lutte contre la torture, parmi lesquels\u00a0: l\u2019article 2 concernant l\u2019obligation d\u2019assurer et de respecter les droits de l\u2019homme\u00a0; l\u2019article 6 qui concerne le droit \u00e0 la vie\u00a0; l\u2019article 9 qui correspond au droit de la personne, \u00e0 sa libert\u00e9 et sa s\u00e9curit\u00e9\u00a0; l\u2019article 10 qui concerne le droit des personnes priv\u00e9es de libert\u00e9 \u00e0 un traitement humain et au respect de leur dignit\u00e9 humaine et l\u2019article 14 qui concerne le droit \u00e0 un jugement \u00e9quitable\u2026<\/p>\n<p>Il reste le texte le plus important, dans le droit international, visant le crime de torture, qui est la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et d\u00e9gradants des Nations Unis. Il est contraignant pour les pays qui l\u2019ont ratifi\u00e9. Ce qui est le cas de l\u2019Australie, l\u2019Espagne et la Grande Bretagne, ainsi que des Etats unis qui l\u2019ont ratifi\u00e9 en octobre 1994. L\u2019article 2 de cette convention stipule ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab1. Tout Etat partie prend des mesures l\u00e9gislatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour emp\u00eacher que des actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction.<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu&#8217;elle soit, qu&#8217;il s&#8217;agisse de l&#8217;\u00e9tat de guerre ou de menace de guerre, d&#8217;instabilit\u00e9 politique int\u00e9rieure ou de tout autre \u00e9tat d&#8217;exception, ne peut \u00eatre invoqu\u00e9e pour justifier la torture.<\/li>\n<li>L&#8217;ordre d&#8217;un sup\u00e9rieur ou d&#8217;une autorit\u00e9 publique ne peut \u00eatre invoqu\u00e9 pour justifier la torture.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p>Cet article pr\u00e9cise que le crime de torture ne peut faire l\u2019objet d\u2019aucune exception ou interpr\u00e9tation de la part de quelque gouverneur ou administrateur que ce soit et quels qu\u2019en soient le lieu et le temps. Le respect de cette convention implique aussi l\u2019agencement des dispositions juridiques et administratives des pays membres. D\u2019autre part, cet article est renforc\u00e9 par un autre qui int\u00e8gre le crime de torture dans le champ de comp\u00e9tence universelle des juridictions des pays signataires. Il s\u2019agit de l\u2019article 8, qui autorise toute justice d\u2019un pays qui a ratifi\u00e9 la convention contre la torture d\u2019instruire toute plainte contre toute personne susceptible d\u2019avoir commis un crime de torture, si elle se trouve au moment du d\u00e9p\u00f4t de la plainte sur le sol de la justice saisie. En d\u2019autres termes, il devient possible pour une victime irakienne de porter plainte contre le ministre de la d\u00e9fense am\u00e9ricain lors de son passage dans un pays europ\u00e9en. Puisque ce denier est le responsable direct des troupes arm\u00e9es am\u00e9ricaines qui ont perp\u00e9tr\u00e9 les crimes de torture de fa\u00e7on m\u00e9thodique et organis\u00e9e en Irak. Cet article stipule\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab1. Les infractions vis\u00e9es \u00e0 l&#8217;article 4 sont de plein droit compris dans tout trait\u00e9 d&#8217;extradition conclu entre Etats parties. Les Etats parties s&#8217;engagent \u00e0 comprendre lesdites infractions dans tout trait\u00e9 d&#8217;extradition \u00e0 conclure entre eux.<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>Si un Etat partie qui subordonne l&#8217;extradition \u00e0 l&#8217;existence d&#8217;un trait\u00e9 est saisi d&#8217;une demande d&#8217;extradition par un autre Etat partie avec lequel il n&#8217;est pas li\u00e9 par un trait\u00e9 d&#8217;extradition, il peut consid\u00e9rer la pr\u00e9sente Convention comme constituant la base juridique de l&#8217;extradition en ce qui concerne lesdites infractions. L&#8217;extradition est subordonn\u00e9e aux autres conditions pr\u00e9vues par le droit de l&#8217;Etat requis.<\/li>\n<li>Les Etats parties qui ne subordonnent pas l&#8217;extradition \u00e0 l&#8217;existence d&#8217;un trait\u00e9 reconnaissent lesdites infractions comme cas d&#8217;extradition entre eux dans les conditions pr\u00e9vues par le droit de l&#8217;Etat requis.<\/li>\n<li>Entre Etats parties lesdites infractions sont consid\u00e9r\u00e9es aux fins d&#8217;extradition comme ayant \u00e9t\u00e9 commises tant au lieu de leur perp\u00e9tration que sur le territoire sous la juridiction des Etats tenus d&#8217;\u00e9tablir leur comp\u00e9tence en vertu du paragraphe 1 de l&#8217;article 5.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p>Cette convention d\u00e9finit de mani\u00e8re pr\u00e9cise une s\u00e9rie de mesures concernant l\u2019interdiction de la torture, les investigations en rapport avec un tel crime, la traduction en justice des responsables de tels actes, le d\u00e9dommagement des victimes. Certains de ses articles s\u2019appliquent \u00e0 l\u2019ensemble des crimes de torture et traitements cruels et d\u00e9gradants alors que d\u2019autres, tels que ceux qui visent la criminalisation, la justice et l\u2019exercice de la comp\u00e9tence universelle, ne concernent que le crime de torture.<\/p>\n<p>En plus de ce dispositif juridique, la torture et mauvais traitements sont interdits par les quatre conventions r\u00e9gionales g\u00e9n\u00e9rales des droits de l\u2019homme, \u00e0 ce jour en vigueur\u00a0: La Charte africaine des droits de l\u2019homme et des peuples (article5), la Convention am\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme (article5), la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (article3), la Charte arabe des droits de l\u2019homme (article13). Il convient de rappeler aussi l\u2019existence de conventions r\u00e9gionales qui concernent la torture sp\u00e9cifiquement\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0Convention interam\u00e9ricaine pour la pr\u00e9vention et la r\u00e9pression de la torture, qui \u00e9tablit l\u2019enti\u00e8re comp\u00e9tence judiciaire en mati\u00e8re de torture entre les pays membres, dans la r\u00e9gion des deux continents am\u00e9ricains et met en place les dispositions n\u00e9cessaires \u00e0 son interdiction, aux moyens d\u2019investigation, \u00e0 la pr\u00e9sentation \u00e0 la justice des personnes responsables de tels actes et au d\u00e9dommagement des victimes. Cette convention a \u00e9t\u00e9 ratifi\u00e9e par les Etats unis.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0Convention europ\u00e9enne pour la pr\u00e9vention de la torture et des peines ou traitements inhumains et d\u00e9gradants (26 novembre 1987). Celle-ci met en place une Commission europ\u00e9enne de pr\u00e9vention de la torture, qui lui incombe l\u2019inspection des lieux o\u00f9 les personnes sont priv\u00e9es de leur libert\u00e9 dans les pays membres, qui sont de l\u2019ordre de 44 pays. En vertu du protocole n\u00b01 additionnel \u00e0 cette convention, il est permis \u00e0 d\u2019autres Etats qui ne sont pas membres du Conseil de l\u2019Europe d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 cette convention.<\/p>\n<p>Les circonstances de la guerre et les droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>Si nous sortons des circonstances habituelles de paix interne, nous trouverons que le droit p\u00e9nal international en mati\u00e8re des droits de l\u2019homme est tout aussi pr\u00e9sent. Il s\u2019agit du dispositif qui constitue le droit international qui r\u00e9git les pratiques des diff\u00e9rentes parties en temps de conflits arm\u00e9s. Ainsi, les quatre conventions de Gen\u00e8ve, du 12 ao\u00fbt 1949, interdisent selon l\u2019article 3 commun, les atteintes port\u00e9es \u00e0 la vie et \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices. L\u2019article 13 de la 3\u00e8me convention de Gen\u00e8ve, relative au traitement des prisonniers de guerre, stipule\u00a0: \u00ab\u00a0Les prisonniers de guerre doivent \u00eatre trait\u00e9s en tout temps avec humanit\u00e9. Tout acte ou omission illicite de la part de la Puissance d\u00e9tentrice entra\u00eenant la mort ou mettant gravement en danger la sant\u00e9 d&#8217;un prisonnier de guerre en son pouvoir est interdit et sera consid\u00e9r\u00e9 comme une grave infraction \u00e0 la pr\u00e9sente Convention. [\u2026]\u00a0\u00bb D\u2019autre part, l\u2019article 146 de la convention (IV) de Gen\u00e8ve, relative \u00e0 la protection des personnes civiles en temps de guerre,\u00a0 oblige les parties contractantes \u00e0 s&#8217;engager \u00e0 prendre toute mesure l\u00e9gislative n\u00e9cessaire pour fixer les sanctions p\u00e9nales ad\u00e9quates \u00e0 appliquer aux personnes ayant commis, ou donn\u00e9 l&#8217;ordre de commettre, l&#8217;une ou l&#8217;autre des infractions graves \u00e0 la pr\u00e9sente Convention d\u00e9finies \u00e0 l&#8217;article suivant.\u00a0L\u2019article 147, suivant, consid\u00e8re que les infractions graves sont, entre autres\u00a0: l&#8217;homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des atteintes graves \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 physique ou \u00e0 la sant\u00e9, la d\u00e9portation ou le transfert ill\u00e9gaux, la d\u00e9tention ill\u00e9gale, la destruction et l&#8217;appropriation de biens non justifi\u00e9es par des n\u00e9cessit\u00e9s militaires et ex\u00e9cut\u00e9es sur une grande \u00e9chelle de fa\u00e7on illicite et arbitraire\u2026<\/p>\n<p><a name=\"_Toc74305242\"><\/a>Les deux protocoles additionnels aux Conventions de Gen\u00e8ve du 12 ao\u00fbt 1949 (8 juin 1977), \u00e9largissent la liste des actes proscrits. Le protocole I, additionnel, dont les Etats unis sont signataires, relatif \u00e0 la protection des victimes des conflits arm\u00e9s internationaux, augmente consid\u00e9rablement la liste des graves atteintes (Articles 11 et 85). Il affirme \u00e0 nouveau la proscription de toute atteinte \u00e0 \u00ab\u00a0la sant\u00e9 et l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 physiques ou mentales des personnes [\u2026]\u00a0\u00bb et en particulier \u00ab\u00a0la torture sous toutes ses formes, qu&#8217;elle soit physique ou mentale\u00a0\u00bb, ainsi que \u00ab\u00a0les peines corporelles, la mutilation,\u00a0 les atteintes \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne, notamment les traitements humiliants et d\u00e9gradants, la prostitution forc\u00e9e et toute forme d&#8217;attentat \u00e0 la pudeur\u00a0\u00bb qui sont commis \u00e0 l\u2019encontre des \u00ab\u00a0personnes qui sont au pouvoir d&#8217;une Partie au conflit\u00a0\u00bb\u00a0 (Article 75). Ce protocole prot\u00e8ge aussi les femmes, contre le viol, la prostitution forc\u00e9e et toute forme d\u2019atteinte \u00e0 la pudeur (Article 76) , de m\u00eame qu\u2019il accorde une protection particuli\u00e8re aux enfants contre toute atteinte \u00e0 la pudeur (Article77).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le second protocole additionnel, relatif \u00e0 la protection des victimes des conflits arm\u00e9s non internationaux, interdit \u00ab\u00a0les atteintes port\u00e9es \u00e0 la vie, \u00e0 la sant\u00e9 et au bien-\u00eatre physique ou mental des personnes, en particulier le meurtre, de m\u00eame que les traitements cruels tels que la torture, les mutilations ou toutes formes de peines corporelles\u00a0\u00bb. Aussi, \u00ab\u00a0les atteintes \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne, notamment les traitements humiliants et d\u00e9gradants, le viol, la contrainte \u00e0 la prostitution et tout attentat \u00e0 la pudeur\u00a0\u00bb commis \u00e0 l\u2019encontre de \u00ab\u00a0toutes les personnes qui ne participent pas directement ou ne participent plus aux hostilit\u00e9s, qu&#8217;elles soient ou non priv\u00e9es de libert\u00e9 [\u2026]\u00a0\u00bb (Article 4). Les quatre conventions de Gen\u00e8ve et leurs protocoles additionnels d\u00e9finissent (Article 4) les garanties et les normes relatives \u00e0 la d\u00e9tention, ainsi que les r\u00e8gles de protection des femmes et enfants semblables, pour la plupart, \u00e0 celles d\u00e9finies par les normes universelles des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les dispositions d\u00e9finies par les conventions de Gen\u00e8ve et leurs protocoles additionnels ont un pouvoir coercitif \u00e0 l\u2019encontre des pays signataires. Tous les pays sont signataires de ces conventions, et la plupart ont sign\u00e9 les protocoles additionnels. De plus, non seulement l\u2019Etat, vis\u00e9, qui fait partie du conflit est dans l\u2019obligation d\u2019appliquer les dispositions de l\u2019article 3, commun, mais aussi les autres Etats pr\u00e9sents dans le conflit. Il en est de m\u00eame pour les dispositions du second protocole additionnel l\u00e0 o\u00f9 il s\u2019applique.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La cour internationale de justice a jug\u00e9 qu\u2019en vertu des \u00ab\u00a0principes fondamentaux g\u00e9n\u00e9raux du droit international\u00a0\u00bb les r\u00e8gles \u00e9tablies dans l\u2019article 3 commun repr\u00e9sentent le \u00ab\u00a0minimum requis\u00a0\u00bb applicable aux conflits arm\u00e9s internationaux et non internationaux. En respect de cette r\u00e8gle, il advient que la torture ou tout autre traitement cruel tel qu\u2019il est d\u00e9fini dans l\u2019article 3, qui serait pratiqu\u00e9 dans n\u2019importe quel conflit, repr\u00e9sente une transgression du droit public international. Les r\u00e8gles du droit international public s\u2019appliquent \u00e0 tous les Etats qu\u2019ils aient sign\u00e9 ou non les conventions qui \u00e9dictent cette r\u00e8gle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">En 1998, les statuts de la cour p\u00e9nale internationale a consid\u00e9r\u00e9 le crime de torture comme crime de guerre et crime contre l\u2019humanit\u00e9. L\u2019article 8 cite, comme \u00e9tant des crimes de guerre\u00a0: la torture ou les traitements inhumains et le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 physique ou \u00e0 la sant\u00e9, de m\u00eame que les atteintes \u00e0 la dignit\u00e9 de la personne, notamment les traitements humiliants et d\u00e9gradants\u2026 Dans la d\u00e9finition des crimes contre l\u2019humanit\u00e9, il y est reconnu toute attaque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ou m\u00e9thodique comprenant des crimes tels que la torture, le viol, l\u2019esclavage sexuel, la prostitution forc\u00e9e, la grossesse forc\u00e9e, de m\u00eame que les actes inhumains de caract\u00e8re analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 physique ou \u00e0 la sant\u00e9 physique ou mentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Nous avions, il y a plus d\u2019un an, d\u00e9nonc\u00e9 dans notre livre \u00ab\u00a0Les Etats unis et les droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb, les mesures pr\u00e9ventives prises par la maison blanche pour mettre les forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines \u00e0 l\u2019abri du pouvoir de la Cour p\u00e9nale internationale. Il n\u2019avait donc pas suffit \u00e0 l\u2019administration am\u00e9ricaine de ne pas adh\u00e9rer \u00e0 la Cour p\u00e9nale internationale, il fallait qu\u2019elle trouve un r\u00e8glement parall\u00e8le pour la marginaliser et d\u00e9faire son autorit\u00e9. Il reste que la poursuite des forces britanniques et australiennes est toujours possible, d\u2019autant que les forces britanniques se sont rendues coupables de crimes de tortures pratiqu\u00e9es de fa\u00e7on syst\u00e9matique. La Commission arabe des droits humains, l\u2019organisation Justitia Universalis, ainsi que le syndicat des avocats \u00e0 Ath\u00e8nes pr\u00e9parent des dossiers \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les instances de poursuite et leur r\u00f4le<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il existe trois organismes et m\u00e9canismes li\u00e9s aux conventions qui accordent une attention particuli\u00e8re \u00e0 la lutte contre la torture\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0Le comit\u00e9 contre la torture\u00a0: il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en vertu de l\u2019article 17 de la convention contre la torture et regroupe dix membres experts, \u00e9lus lors de la r\u00e9union biennale que tiennent les pays signataires. L\u2019article 19, demande aux pays membres de fournir \u00ab\u00a0des rapports sur les mesures qu&#8217;ils ont prises pour donner effet \u00e0 leurs engagements en vertu de la pr\u00e9sente Convention\u00a0\u00bb. Il faut pr\u00e9senter un premier rapport, un an apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la convention pour ce qui concerne l\u2019Etat qui y adh\u00e8re. Puis des rapports d\u00e9taill\u00e9s compl\u00e9mentaires sont pr\u00e9sent\u00e9s tous les quatre ans. La majeure partie du temps est consacr\u00e9e aux sessions ordinaires que tient le Comit\u00e9 pour \u00e9tudier ces rapports, en pr\u00e9sence des repr\u00e9sentants des pays concern\u00e9s. Apr\u00e8s audience des repr\u00e9sentants des pays et entretien au sujet des questions pos\u00e9es par le Comit\u00e9, ce dernier pr\u00e9pare ses conclusions et recommandations qui comprennent son \u00e9valuation de la situation de la torture et des mauvais traitements dans l\u2019Etat concern\u00e9 et les recommandations pour y rem\u00e9dier. Le comit\u00e9 contre la torture peut entendre les plaintes contre un\u00a0Etat membre, pr\u00e9sent\u00e9es par un autre Etat membre ou une personne sous la protection juridique de ce dernier Etat. Si l\u2019Etat ou les Etats concern\u00e9s avaient \u00e9mis des d\u00e9clarations en vertu des articles 21 et 22, dans lesquelles ils reconnaissent la comp\u00e9tence du Comit\u00e9 pour examiner ces communications. De m\u00eame qu\u2019il y a une proc\u00e9dure relative \u00e0 l\u2019investigation en vertu de l\u2019article 20, qui autorise le Comit\u00e9 sur son instigation \u00e0 examiner les all\u00e9gations de \u00ab\u00a0pratique syst\u00e9matique\u00a0\u00bb de torture dans un\u00a0Etat membre. Il est de m\u00eame pour la possibilit\u00e9 de visite d\u2019un Etat membre, sauf si l\u2019Etat en question a \u00e9mis, officiellement, des r\u00e9serves sur la comp\u00e9tence du comit\u00e9 lors de son adh\u00e9sion \u00e0 la convention.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0Le rapporteur sp\u00e9cial sur la torture est un expert exclusif, qui adresse des rapports annuels \u00e0 la Commission onusienne des droits de l\u2019homme. A l\u2019inverse du Comit\u00e9 contre la torture, dont la t\u00e2che est r\u00e9serv\u00e9e aux seuls pays membres de la convention contre la torture, le rapporteur sur la torture peut s\u2019adresser \u00e0 tout pays membre de l\u2019ONU ou y si\u00e9geant \u00e0 titre d\u2019observateur. Il adresse des requ\u00eates pressantes aux gouvernements pour les interpeller au sujet d\u2019individus dont il est \u00e0 craindre qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 soumis ou risquent d\u2019\u00eatre soumis \u00e0 la torture. Il adresse aussi d\u2019autres requ\u00eates aux gouvernements pour les interroger sur les all\u00e9gations de torture ou leur demander de l\u2019informer des dispositions prises pour se pr\u00e9munir de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. De m\u00eame qu\u2019il effectue des visites dans les pays, apr\u00e8s acceptation de leurs gouvernements et pr\u00e9sente des recommandations d\u00e9taill\u00e9es bas\u00e9es sur les conclusions qu\u2019il a \u00e9tablies apr\u00e8s inspection.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0Le Comit\u00e9 europ\u00e9en pour la pr\u00e9vention de la torture\u00a0: instaur\u00e9 en vertu de l\u2019article 1 de la Convention europ\u00e9enne pour la pr\u00e9vention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou d\u00e9gradants. Il a pour mission l\u2019inspection de tous les lieux relevant de la juridiction d&#8217;un Etat partie o\u00f9 des personnes sont priv\u00e9es de libert\u00e9 par une autorit\u00e9 publique, dans le but de les prot\u00e9ger contre toute probabilit\u00e9 de torture ou traitements cruels, l\u00e0 o\u00f9 il s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire. Il regroupe des experts issus des pays membres, \u00e0 hauteur d\u2019un expert par pays. Ce comit\u00e9 effectue des visites p\u00e9riodiques programm\u00e9es dans chaque Etat membre de la convention, en plus des visites sp\u00e9ciales (non programm\u00e9es) pour motifs particuliers. Apr\u00e8s les visites, le Comit\u00e9 transmet les r\u00e9sultats auxquels il est parvenu \u00e0 l\u2019Etat concern\u00e9 qui doit r\u00e9pondre dans un d\u00e9lai d\u00e9termin\u00e9. Les rapports sont soumis au secret, cependant la plupart des pays les publient en fin de chaque p\u00e9riode. Ce comit\u00e9 tient donc ses r\u00e9unions \u00e0 huit clos, mais ses rapports annuels sont rendus publics.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Il existe un autre comit\u00e9, d\u2019une importance particuli\u00e8re, c\u2019est le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme compos\u00e9 d\u2019experts et cr\u00e9\u00e9 en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Son r\u00f4le principal \u00e9tant le contr\u00f4le de l\u2019application du pacte sur la base de rapports p\u00e9riodiques pr\u00e9sent\u00e9s par les Etats membres. L\u2019Etat membre de ce pacte, qui adh\u00e8re au protocole facultatif, reconna\u00eet l\u2019habilitation du Comit\u00e9 \u00e0 examiner les plaintes pr\u00e9sent\u00e9es par des individus qui d\u00e9clarent \u00eatre victimes de violations commises par l\u2019Etat des droits mentionn\u00e9s par le pacte, y compris la violation, le non-respect de la prohibition de la torture et des traitements d\u00e9gradants tel que pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 7.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les organismes institu\u00e9s en vertu des conventions r\u00e9gionales des droits de l\u2019homme, peuvent aussi examiner les requ\u00eates concernant l\u2019implication des membres de ces conventions dans des crimes de torture. Ces organismes sont\u00a0: La Commission africaine des droits de l\u2019homme et des peuples, la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme et la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. Ces organismes ont la comp\u00e9tence d\u2019examiner les plaintes concernant les violations des droits de l\u2019homme tels que d\u00e9finis dans les conventions y aff\u00e9rentes. Ainsi la Cour interam\u00e9ricaine et la Cour europ\u00e9enne ont rendu des arr\u00eats assez importants dans des affaires li\u00e9es \u00e0 la pratique de la torture et des mauvais traitements.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Parmi les autres organismes des droits de l\u2019homme qui peuvent, dans le cadre de leurs pr\u00e9rogatives, traiter des affaires li\u00e9es \u00e0 la torture, il convient de citer\u00a0: le Comit\u00e9 des droits de l\u2019enfant cr\u00e9\u00e9 en application de la convention des droits de l\u2019enfant\u00a0; le Comit\u00e9 pour l\u2019\u00e9limination de la discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, cr\u00e9\u00e9e par la convention sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes ; le Comit\u00e9 sp\u00e9cial de l\u2019apartheid, cr\u00e9\u00e9 en vertu de la convention internationale sur l\u2019\u00e9limination et la r\u00e9pression du crime d\u2019apartheid. Ces trois organismes examinent les rapports p\u00e9riodiques que pr\u00e9sentent les Etats membres en ce qui concerne les dispositions prises pour la mise en application des termes de la convention de laquelle ils rel\u00e8vent. Le Comit\u00e9 sp\u00e9cial de l\u2019apartheid examine les plaintes individuelles de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019examine le Comit\u00e9 pour l\u2019\u00e9limination de la discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes les plaintes qui lui parviennent, conform\u00e9ment au protocole facultatif de la convention sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. De m\u00eame qu\u2019il se trouve un rapporteur sp\u00e9cial sur les violences commises \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, leurs motifs et leurs effets (Rapporteur sp\u00e9cial charg\u00e9 des violences contre les femmes), il existe aussi un rapporteur sp\u00e9cial en charge des formes modernes de racisme, d\u2019apartheid et de haine des \u00e9trangers et autres formes d\u2019extr\u00e9misme ainsi qu\u2019un groupe de travail en charge de l\u2019arrestation arbitraire. Ils pr\u00e9sentent, tous, la particularit\u00e9 commune de livrer, annuellement, des rapports \u00e0 la Commission onusienne des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les m\u00e9canismes de poursuites judiciaires et leurs limites<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">A ce jour, la r\u00e8gle essentielle dans le crime de torture est l\u2019impunit\u00e9. Cela n\u2019est pas seulement d\u00fb au vide juridique ou \u00e0 la fragilit\u00e9 des institutions judiciaires mais aussi au manque d\u2019enracinement, dans l\u2019usage et la culture humaine, d\u2019une pratique indispensable bas\u00e9e sur la poursuite des tortionnaires par leurs victimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019impunit\u00e9 peut se manifester \u00e0 n\u2019importe quelle \u00e9tape\u00a0: Lorsqu\u2019il y a absence ou insuffisance d\u2019enqu\u00eate sur ce crime\u00a0; lorsque l\u2019enqu\u00eate est soumise \u00e0 des proc\u00e9dures secr\u00e8tes exclusives \u00e0 l\u2019organisme en charge du dossier de la torture\u00a0; lorsque les pr\u00e9sum\u00e9s coupables de crimes de tortures ne sont pas pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la justice selon la proc\u00e9dure habituelle\u00a0; lorsqu\u2019ils ne sont pas jug\u00e9s selon les normes d\u2019\u00e9quit\u00e9\u00a0; lorsque aucun jugement n\u2019est prononc\u00e9 malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de preuves suffisantes et irr\u00e9futables pour l\u2019\u00e9tablissement des faits qui leur sont reproch\u00e9s\u00a0; en l\u2019absence de sentence contre ceux qui ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s\u00a0; lorsque celle-ci est insignifiante au regard de l\u2019ampleur du crime qui leur est reproch\u00e9\u00a0; lorsque les peines ne sont pas appliqu\u00e9es\u00a0et lorsque les victimes et leurs ayants droits ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de d\u00e9dommagements ad\u00e9quats.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Avant de lancer les bases de l\u2019arsenal juridique international contemporain de protection des personnes, de leur libert\u00e9 et leurs droits en temps de paix ou de guerre (c\u2019est \u00e0 dire de 1948 \u00e0 1998), les alli\u00e9s n\u2019avaient pas r\u00e9ussi \u00e0 faire des tribunaux de Nuremberg et Tokyo des exemples de proc\u00e8s \u00e9quitables de crimes de guerre. C\u2019est pourquoi ces deux tribunaux furent des tribunaux militaires et d\u2019exception. Malheureusement, malgr\u00e9 l\u2019institution de deux tribunaux p\u00e9naux internationaux ad hoc (pour l\u2019ex-Yougoslavie et le Rwanda), les Etats unis veulent juger Saddam Hussein devant un tribunal qu\u2019ils ont, eux-m\u00eames, fabriqu\u00e9 de A \u00e0 Z. Tout cela pour affirmer haut et fort le proverbe latin \u00ab\u00a0malheur au vaincu\u00a0!\u00a0\u00bb et rel\u00e9guer au second plan le r\u00f4le de la justice internationale. Alors qu\u2019en ce qui concerne l\u2019ensemble des crimes de meurtres injustifi\u00e9s, qu\u2019ont commis leurs troupes, ainsi que l\u2019utilisation d\u2019armes non conventionnelles, la pratique de la torture et des mauvais traitements, la destruction des maisons et la prise d\u2019otages, les Etats unis se consid\u00e8rent au-dessus des lois et de l\u2019obligation de rendre des comptes.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Pour simple exemple, apr\u00e8s de nombreux cris et protestations, l\u2019administration am\u00e9ricaine a d\u00e9cid\u00e9 le d\u00e9dommagement des ayants droits de toute personne morte suite \u00e0 une erreur commise par ses troupes. Le montant estim\u00e9 pour une vie \u00e9tant arr\u00eat\u00e9 \u00e0 2500 $. L\u2019ironie du sort veut que cette d\u00e9cision soit survenue, au m\u00eame moment o\u00f9 les ayants droits des victimes de l\u2019attentat de Lockerbie se voyaient attribuer la somme de dix millions de dollars par victime. Faut-il croire que c\u2019est l\u00e0 le rapport arithm\u00e9tique logique entre l\u2019erreur am\u00e9ricaine et l\u2019erreur libyenne\u00a0? Ou s\u2019agit-il tout simplement de la diff\u00e9rence de prix entre l\u2019homme blanc et l\u2019homme brun\u00a0? Les militants des droits de l\u2019homme irakien nous rappellent, modestement, qu\u2019afin que les ayants droits puissent toucher cette somme il leur faut parcourir une trajectoire proc\u00e9durale parsem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches. Les heureux b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019un tel d\u00e9dommagement doivent en plus signer un document dans lequel ils se d\u00e9sistent quant \u00e0 toute poursuite ou autre demande de m\u00eame nature. Cela en sachant qu\u2019au regard de l\u2019\u00e9tendu du drame, seule une infime minorit\u00e9 de victimes verra sa demande aboutir.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019impunit\u00e9 est aussi le produit des lois, d\u00e9crets et autres dispositions officielles \u00e9cartant toute possibilit\u00e9 de poursuite judiciaire men\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre d\u2019individus, responsables ou groupes de fonctionnaires charg\u00e9s de l\u2019ex\u00e9cution de certaines t\u00e2ches officielles. Certaines de ces lois emp\u00eachent tout jugement\u00a0: elles comprennent les lois \u00ab\u00a0d\u2019assurance\u00a0\u00bb, d\u2019immunit\u00e9 et les lois amnistiantes, applicables dans de nombreux pays. La plupart du temps, ce genre de lois est promulgu\u00e9 lors de situations d\u2019urgence et en temps d\u2019occupation o\u00f9 les gouvernements d\u00e9cr\u00e8tent que la loi et l\u2019ordre se trouvent en danger particulier. La justice est dans ces cas soumise aux tribunaux militaires ou d\u2019exception ou \u00e0 l\u2019administrateur ex\u00e9cutif. Prenons, \u00e0 titre d\u2019exemple, l\u2019ordonnance n\u00b07 promulgu\u00e9e par Paul Bremer le 9 juin, qui rattache une part importante du code p\u00e9nal \u00e0 la personne de l\u2019administrateur civil, en stipulant\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il n\u2019est admis de porter plainte contre les responsables des infractions suivantes, que sur autorisation \u00e9crite du directeur administratif de l\u2019autorit\u00e9 provisoire\u00a0alli\u00e9e:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0 Les infractions\u00a0 li\u00e9es aux crimes contre la s\u00fbret\u00e9 ext\u00e9rieure de l\u2019Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0 Les infractions li\u00e9es aux crimes contre la s\u00fbret\u00e9 int\u00e9rieure de l&#8217;Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0 Les infractions li\u00e9es aux crimes contre les autorit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0 Les infractions li\u00e9es aux crimes d\u2019atteinte \u00e0 un responsable gouvernemental.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Bien \u00e9videmment, il nous para\u00eet que M. Moktada Al-Sadr ne peut, en vertu de cette ordonnance, \u00eatre poursuivi par un juge irakien que sur autorisation \u00e9crite de M. Bremer.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les autres sources d\u2019impunit\u00e9 r\u00e9sident dans l\u2019insuffisance du cadre juridique. La torture et les autres crimes, d\u00e9finis dans le droit international, sont, en tant que tels, souvent ignor\u00e9s dans les lois provisoires d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es par une seule partie. Nous pouvons citer l\u2019exemple des instructions militaires am\u00e9ricaines qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es leur d\u00e9barquement en Afghanistan. Elles avaient d\u00e9fini les crimes de guerre selon l\u2019angle de vue du secr\u00e9tariat d\u2019Etat \u00e0 la d\u00e9fense et de l\u2019administration am\u00e9ricaine, qui consid\u00e9ra les d\u00e9tenus de Guantanamo, comme \u00e9tant inclassables et hors comp\u00e9tence du droit international. Souvent, aussi, les principes de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale individuelle sont ignor\u00e9s, lorsqu\u2019il s\u2019agit de la responsabilit\u00e9 des chefs et hauts grad\u00e9s en plus de la responsabilit\u00e9 des subalternes. Ou bien lorsque cette responsabilit\u00e9 est d\u00e9finie selon des aspects qui ne s\u2019accordent pas avec les r\u00e8gles du droit p\u00e9nal international, permettant ainsi aux personnes responsables de crimes de se soustraire \u00e0 la justice. L\u2019invocation de l\u2019application des ordres de la part des subalternes est aussi un moyen habituel pour rejeter la responsabilit\u00e9. De m\u00eame que le boycott par les Etats du protocole qui d\u00e9termine l\u2019imprescriptibilit\u00e9 des crimes contre l\u2019humanit\u00e9, astreint dans le temps la possibilit\u00e9 de poursuite contre les criminels. D\u2019autre part, la comp\u00e9tence judiciaire des juridictions de certains pays ne poss\u00e8de pas de dispositions int\u00e9gr\u00e9es dans les lois internes permettant de poursuivre des pr\u00e9sum\u00e9s coupables de crimes de torture se trouvant sur leur sol, quand ces crimes ont \u00e9t\u00e9 commis ailleurs. Parfois les m\u00e9canismes juridiques de certains pays ne permettent pas d\u2019extrader des personnes recherch\u00e9es pour de tels crimes dans d\u2019autres pays. La plupart du temps, on constate l\u2019absence de m\u00e9canismes efficaces susceptibles de permettre aux victimes et leurs ayants droits d\u2019\u00eatre d\u00e9dommag\u00e9s des pr\u00e9judices subis. Et ce, quelle que soit la forme des r\u00e9parations\u00a0: d\u00e9dommagement mat\u00e9riel, r\u00e9habilitation, r\u00e9confort, assurances donn\u00e9es de ne plus avoir \u00e0 subir un tel crime\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019\u00e9limination de la torture ne peut se faire en l\u2019absence de justice pour punir ce crime. Seuls de vrais proc\u00e8s qui jugent les responsables de ce crime peuvent repr\u00e9senter un signal fort selon lequel il existe une politique officielle qui s\u2019attaque \u00e0 la torture. Ils constituent aussi une part de la r\u00e9habilitation des victimes en leur donnant le sentiment qu\u2019il leur est possible d\u2019obtenir justice. Ils participent, enfin, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un environnement de comportements \u00e0 m\u00eame de favoriser la consolidation de la culture des droits de l\u2019homme \u00e0 travers, justement, l\u2019affirmation que les crimes contre l\u2019humanit\u00e9 ne peuvent rester impunis. La reconnaissance en la mati\u00e8re de la responsabilit\u00e9 et du r\u00f4le de l\u2019Etat, peut aboutir aux fondements du d\u00e9dommagement financier ou autre. Enfin, l\u2019aboutissement \u00e0 des donn\u00e9es officielles sous la responsabilit\u00e9 de l\u2019Etat ne peut conduire qu\u2019\u00e0 des r\u00e9parations ayant un v\u00e9ritable sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019un des aspects de l\u2019avanc\u00e9e significative r\u00e9alis\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans le domaine des droits de l\u2019homme, demeure dans la confection d\u2019instruments de lutte contre l\u2019impunit\u00e9 dans le volet des graves violations des droits de l\u2019homme qui comprennent le crime de torture. Les \u00e9v\u00e8nements les plus marquants en la mati\u00e8re restent ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0\u00a0Le d\u00e9but d\u2019application de la Convention contre la torture, qui dans plusieurs pays a amen\u00e9 \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer en mati\u00e8re de comp\u00e9tence universelle en ce qui concerne ce crime.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0Les derniers arr\u00eats de diff\u00e9rentes Cours r\u00e9gionales des droits de l\u2019homme, de la Commission onusienne des droits de l\u2019homme et du Comit\u00e9 contre la torture permettent d\u2019engager la responsabilit\u00e9 de l\u2019Etat en mati\u00e8re de crime de torture et autres traitements cruels dans les affaires individuelles<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0La cr\u00e9ation de tribunaux internationaux sp\u00e9ciaux comp\u00e9tents pour juger les responsables de crimes contre l\u2019humanit\u00e9 au Rwanda et en ex-Yougoslavie et leur mise en \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0Le d\u00e9but de la mise en application des statuts de la Cour p\u00e9nale internationale et l\u2019institution d\u2019une cour internationale permanente pour juger les personnes responsables de crimes de guerre et crimes contre l\u2019humanit\u00e9 ou de g\u00e9nocides, (en attendant une d\u00e9finition pr\u00e9cise du crime d\u2019agression\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0L\u2019ouverture, dans plusieurs pays, de proc\u00e9dures de poursuite de personnes accus\u00e9es de crimes de torture commis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des fronti\u00e8res des juridictions saisies. Et ce en conformit\u00e9 avec le principe de comp\u00e9tence universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les d\u00e9cisions de la Commission des droits de l\u2019homme, du Comit\u00e9 contre la torture et celles de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, concernant plusieurs affaires individuelles, ont extr\u00eamement particip\u00e9 \u00e0 la consolidation des normes. De m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays, l\u2019exigence des lois a ouvert le chemin \u00e0 la poursuite des responsables.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La Commission des droits de l\u2019homme a d\u00e9clar\u00e9 que les d\u00e9cisions d\u2019amnistie ne \u00ab\u00a0s\u2019accordent pas\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral\u00bb avec le devoir des Etats d\u2019enqu\u00eater sur les faits de torture, de garantir dans le champ de leur comp\u00e9tence la protection contre de tels actes et d\u2019assurer qu\u2019ils ne se reproduisent plus \u00e0 l\u2019avenir. Quant au Comit\u00e9 contre la torture, il a exprim\u00e9 son inqui\u00e9tude quant \u00e0 l\u2019utilisation de lois amnistiantes qui peuvent comprendre le crime de torture et a recommand\u00e9 \u00e0 ce que de telles lois excluent la torture de leur champ de comp\u00e9tence. De leur cot\u00e9, Amnesty international ainsi que la Commission arabe des droits humains et les plus importantes organisations mondiales non gouvernementales ont condamn\u00e9 l\u2019usage de plus en plus fr\u00e9quent d\u2019amnisties, d\u00e9cisions de relaxes et autres moyens permettant l\u2019impunit\u00e9 aux auteurs des crimes contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Plusieurs d\u00e9clarations des Nations Unis ont mis l\u2019accent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre l\u2019impunit\u00e9, en affirmant qu\u2019il est n\u00e9cessaire d\u2019incriminer ceux qui encouragent les actes de torture, les suscitent, les tol\u00e8rent ou les commettent et de les punir s\u00e9v\u00e8rement. Les premi\u00e8res dispositions que les Etats doivent prendre pour combattre l\u2019impunit\u00e9 consistent, avant toute chose\u00a0: en l\u2019interdiction de la torture dans les lois\u00a0; l\u2019assurance de v\u00e9ritables enqu\u00eates et instructions des diff\u00e9rentes plaintes et rapports sur la torture\u00a0; la pr\u00e9sentation \u00e0 la justice des personnes responsables du crime de torture\u00a0; le d\u00e9dommagement des victimes. L\u2019ensemble de ces dispositions est d\u00e9fini dans les engagements requis par la convention contre la torture. Cependant, en vertu de l\u2019ensemble des autres conventions internationales et du droit p\u00e9nal international, il faut les consid\u00e9rer comme \u00e9tant des obligations auxquelles doit se conformer l\u2019ensemble des Etats.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le plus grand d\u00e9fi, qui sera certainement d\u2019une port\u00e9e consid\u00e9rable, ne r\u00e9side pas tant dans la mollesse de la r\u00e9action politique de l\u2019administration am\u00e9ricaine envers les graves crimes commis par ses forces d\u2019occupation, que dans la position de l\u2019autorit\u00e9 judiciaire am\u00e9ricaine vis-\u00e0-vis des plaintes susceptibles d\u2019\u00eatre introduites devant ses tribunaux, par des victimes irakiennes. Le compte \u00e0 rebours a peut-\u00eatre commenc\u00e9 pour l\u2019administration am\u00e9ricaine actuelle. La complicit\u00e9 de la justice am\u00e9ricaine avec les auteurs des crimes de torture, si elle venait \u00e0 avoir lieu signifierait que l\u2019Etat le plus puissant du monde est aujourd\u2019hui atteint jusqu\u2019\u00e0 la moelle et que le droit international et la comp\u00e9tence universelle devront \u00e9voluer sans cette superpuissance\u2026 Avec tout ce que cela signifie sur les plans politiques, sociaux et culturels.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le 8 juin 2003, pendant que je me trouvais \u00e0 Bagdad, la note n\u00b02 de l\u2019autorit\u00e9 provisoire de l\u2019Alliance a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous le titre\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La direction des prisons et les structures de d\u00e9tention\u00a0\u00bb. Cette note faisait sienne une norme connue dans le langage des militants des droits de l\u2019homme sous le titre\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0le minimum vital du traitement des prisonniers\u00a0\u00bb. Le porte-parole de l\u2019administrateur civil, m\u2019avait alors sugg\u00e9r\u00e9 de la lire pour me rassurer quant \u00e0 la situation des prisonniers desquels je lui demandais des nouvelles. Il aurait \u00e9t\u00e9 logique que ce texte anglais eut \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 aux responsables des prisons avant de le transmettre \u00e0 la presse et aux chercheurs des droits de l\u2019homme. Ce jour l\u00e0 nous avions entendu, \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, des r\u00e9cits sur les mauvais traitements et la liste des d\u00e9tenus \u00ab\u00a0repr\u00e9sentants des dangers imm\u00e9diats \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, selon les dispositions de la Convention (IV) de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb que pr\u00e9sentait les forces d\u2019occupation, n\u2019avait pas encore atteint le chiffre colossal de 10390 d\u00e9tenus, dont la plupart se trouvait \u00e0 la prison d\u2019Abou-Gharib.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Aujourd\u2019hui, je pose la question en toute sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0: Les chefs des forces d\u2019occupation ont-il lu cette note\u00a0? A-t-elle \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9e aux troupes ou est-ce un simple gadget de l\u2019op\u00e9ration de maquillage n\u00e9cessaire \u00e0 ce que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0L\u2019op\u00e9ration de lib\u00e9ration de l\u2019Irak\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Paris le 9 mai 2004.\u00a0Traduit de l\u2019arabe par\u00a0: Mehdi Mosbah<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Notes\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0(1) Voir Haytham Manna, Les droits de l\u2019homme dans la culture arabo-musulmane, Le Caire, 1995, Page39.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0(2) Mohamed Taria, Abbas Aroua, Youcef Bedjaoui, Histoire de la torture et les fondements de sa prohibition en Islam, Erraya et ACHR, Djeddah-Beyrouth-Damas, 2003, Page26.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0(3) Moncef Marzouki dans l\u2019ouvrage collectif \u2018Le salut de l\u2019\u00e2me et du corps, la torture dans le monde arabe au 20\u00e8me si\u00e8cle\u2019 Paris-Le Caire, la Commission arabe des droits humains, 1998, Page35.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">&#8211;\u00a0Voir pour\u00a0plus d\u2019informations : Amnesty international, la lutte contre la torture, guide des d\u00e9marches et le Vol. II de l\u2019Encyclop\u00e9die des droits de l\u2019Homme \u00ab Al-Imaan\u00a0\u00bb, les fronti\u00e8res de la protection internationales des droits de l\u2019homme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ni le Pentagone ni la maison blanche n\u2019ont daign\u00e9 regarder un des rapports des organisations des droits de l\u2019homme ou 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