September 20, 2017

Bilan du Congrès de l’opposition démocratique et patriotique du Caire (8-9 juin 20015)

communique-syrie-938x535Syrie-opposition : Bilan du Congrès de l’opposition démocratique et patriotique du Caire (8-9 juin 20015) : une évaluation de Haytham Manna, un des organisateurs, au site en ligne «Ar Rai Al Yom, propriété de Abdel Bari Atwane, un des journalistes les plus réputés du Monde arabe. Adaptation en version française: René Naba

Le congrès patriotique et démocratique du Caire a adressé un clair message au Monde à savoir qu’il refuse que «La Syrie ait un destin de république bananière»

Le congrès, qui a groupé plus de cinquante organisations politiques et civiles de même que des personnalités militaires, «a réussi du fait de l’impossibilité des forces disposant du soutien régional et international, de même que de grandes possibilités financières et médiatiques, de se poser en force d’initiative en mesure d’offrir une vision politique à la hauteur de la tragédie syrienne».

François Burgat : La falsification ne saurait tenir lieu de substitut à la perte de crédibilité académique d’un universitaire.

Voici les principaux points de l’interview :

Le pacte national syrien: «une avancée en ce qu’il prend en compte les composantes nationales du peuple syrien et se réfère explicitement à la déclaration de Fribourg sur les Droits culturels».

Le congrès de l’opposition syrienne, tenu au Caire les 8 et 9 juin 2015 en vue de promouvoir une solution politique en Syrie a accompli une «mission essentielle en dépit d’une campagne de brouillage médiatique menée tant sur le plan international qu’au niveau régional. «La fonte des neiges a révélé les verts pâturages», dit-il.

Le congrès a entériné un «document fondamental, le «Pacte National  Syrien», mis au point par un groupe de travail en collaborations avec des «sages» syriens. Ce document constitue une «avancée» par rapport à «l’engagement national» de juillet 2012, qui avait été adopté par l’opposition off shore syrienne, parrainée par l’Otan et les pétromonarchies du Golfe, alors qu’il contenait de nombreux passages confus, -une «confusion non constructive»- de surcroît sans vote de nombreux paragraphes.

«L’engagement de 2012 n’a pas pris en compte les composantes du peuple syrien. Le document de 2015 structure les spécificités du peuple syrien, en le fondant sur une parité pleine et entière entre «la pleine citoyenneté et la pleine égalité entre les diverses composantes nationales du peuple syrien». De surcroît, le document 2015 porte la marque d’une «forte empreinte des participants par sa référence les conventions internationales relatives aux droits humains, particulièrement les libertés fondamentales (politique, civil, social, économie, culturel et environnemental), en mentionnant spécifiquement sa plus récente expression matérialisée par la «Déclaration de Fribourg» (2013) relative aux droits culturels et au droit à la culture» (CF pièce jointe le texte intégral de la Déclaration de Fribourg).

«Il établit en outre un partenariat effectif entre les divers composantes de la population syrienne, corrélativement à la reconnaissance des droits fondamentaux aux couches sociales fragilisée (femmes, enfants) et aux populations nécessiteuses, dont le conflit en a accentué le nombre au point de représenter 11 pour cent de la population syrienne.

Le pacte national syrien, une claire rupture avec un système autoritaire du pouvoir, porteur d’un projet d’éveil politique de la société face à l’obscurantisme takfiriste.

Le document aménage une «prophylaxie contre le terrorisme, le confessionnalisme politique en les criminalisant», soulignant la nécessité de promouvoir, en contrechamps, la justice sociale. De même, il a entériné le principe de la «décentralisation démocratique comme mode opératoire régissant  les relations entre La Capitale et les provinces de manière à faire la jonction entre la démocratisation des institutions et le développement durable nécessaire à la reconstruction».

Le document se présente comme «une claire rupture avec un système autoritaire du pouvoir, qui a gouverné le pays et le peuple, en même temps qu’il promeut un projet d’éveil politique de la société face à l’obscurantisme takfiriste». «Je souligne ceci en réponse à celui qui a dit qu’il n’y a rien de nouveau dans la déclaration du Caire de 2015, d’autant que ce censeur ne s’est même pas donné la peine de procéder à une lecture minutieuse et critique de ce texte».

A propos de l’engagement du Caire 2012 élaboré par l’opposition parrainée par le bloc atlantiste et les pétromonarchies du Golfe, Haytham Manna a observé que ce document s’est soigneusement abstenu de faire la moindre référence au communiqué de Genève, mais qu’il a, en revanche, mentionné de manière confuse aux «parties armées», allant jusqu’à adopter l’expression de «Résistance armée», sans la oindre mention à la «Résistance civile».

«Difficile dans ce cas de soutenir que le document de 2012, «acte fondateur de l »opposition»  soutenue par la coalition islamo atlantiste a fait preuve d’une grande maturité politique, alors qu’elle refusait le principe même des négociations. La science diplomatique enseigne qu’une négociation n’implique pas la reconnaissance a priori de l’autre partie aux négociations».

«A ce titre nous déplorons le fait que Cheikh Moaz Al Khatib, un des anciens présidents de la coalition de l’opposition islamo-atlantiste, «ait pris ses distances avec son discours de Doha ayant pour thème -la négociation en tant qu’obligation politique légitime- pour emboîter le pas à la surenchère  ambiant en se ralliant au mot d’ordre «toute arme est sacrée». «Un tel mot d’ordre a constitué un certificat de bonne conduite à tous les takfiristes, confessionnalistes, terroristes en Syrie et dans la région, sur quelques fronts où ils se trouvaient».

La victoire du congrès de l’opposition patriotique du Caire : Une victoire du fait «de l’incapacité de l’opposition islamo-atlantiste de se poser en force d’initiative».

«Le congrès de l’opposition patriotique du Caire «a réussi du fait de l’impossibilité des forces disposant du soutien régional et international, de même que de grandes possibilités financières et médiatiques de se poser en force d’initiative en mesure d’offrir une vision politique à la hauteur de la tragédie syrienne».

«Le congrès a rassemblé un nombre important de forces et personnalités patriotiques, soucieuses de briser l’immobilisme politique visant à la promotion d’une solution politique négociée, d’une part, et, de restaurer, d’autre part, la centralité du dans une politique, en dépit des tentatives visant à sa marginalisation, que les shabihas, (fiers à bras), les marchands de guerre et les partisans d’illusoires solutions militaires».

L’opposition soutenue par les pétromonarchies et le bloc atlantiste «s’est intronisée comme représentante du peuple syrien, quand bien même Hillary Clinton, à l’époque secrétaire d’état, avait décrété la fin de sa mission». Autrement dit, sa mort clinique.

Ce faisant, cette opposition-là a «négligé le fait que la voix des réprimés, des opprimés, des révolutionnaires et de leurs sacrifices, ne saurait porter depuis les services de soins intensifs», par des personnes en phase de réanimation. «L’obstruction, le refus, l’éradication ne sauraient constituer une force d’opposition à une dictature et à l’obscurantisme. Une vision brumeuse ne saurait servir de boussole à un peuple».

François Burgat (2) :

«François Burgat qui s’est autoproclamé comme une référence dans nos propres affaires a soutenu ««qu’un congrès syrien composé de Syriens, à l’intention des Syriens avec des possibilités syriennes constitue un soutien au régime syrien, lequel bénéfice du soutien des iraniens et du Hezbollah». Et d’ajouter: Manna cherche en fait à «priver l’opposition (islamo-atlantiste) de ses soutiens et à constituer un front avec le régime contre le terrorisme».

La réplique de Haytham Manna: «Lorsque la crédibilité académique d’un universitaire se dissipe, il ne reste plus que le recours à la falsification et à la fabrication des accusations. Un tel degré d’abaissement ne mérite pas la peine d’une réponse». Autrement dit, la falsification ne saurait tenir lieu de substitut à la perte de crédibilité académique d’un universitaire.

(Sur le rôle de F. Burgat dans la guerre médiatique de Syrie, son zèle islamophiliste,  sa déclaration à radio Vatican, voir  ce propos note 2 en bas de page).

Le choix du Caire

«L’une des critiques a consisté à dire que le choix du Caire signe l’alignement des participants à l’axe Égypte, Arabie saoudite, Émirats Arabes Unis, en contrepoint à l’axe Turquie-Qatar. Mais les développements intervenus au cours du premier semestre 2015 (avec la constitution d’un bloc Arabie saoudite, Turquie, Qatar sur le front nord de Syrie en prévision de l’assaut contre Alep)  ont rendu caduque cette critique, nous dispensant d’y répliquer.

«Il est important de souligner que ce Congrès Fondateur de l’Opposition Patriotique et Démocratique n’a pas été pollué par des financements politiques, ni soumis à des directives ou recommandations  d’acteurs extérieurs.

«Les participants peuvent s’enorgueillir, à juste titre, d’avoir offert au Monde la démonstration de la gémellité de la souveraineté et de la démocratie, que les relations sur un pied d’égalité avec des gouvernements est encore possible, que le citoyen n’accepte pas qu’il soit traité en mineur par un tuteur en quelque pays que ce soit».

«Charles De Gaulle a dirigé la résistance française depuis Londres tout en établissant des relations fondées sur le respect mutuel avec les Britanniques. En faisant le choix d’une politique de souveraineté, le chef de la France Libre a pu diriger avec succès la résistance au nazisme».

«Les participants au Congrès Fondateur ont jeté les fondements de leur propre conception politique à une sortie de crise. Un consensus s’est dégagé au sein d’un forum regroupant plus de cinquante organisations civiles et politiques ainsi que des personnalités politiques civiles et militaires, animés par un sentiment de fidélité à la Syrie, leur patrie commune, un attachement à un «Un et même peuple», régi par une con-citoyenneté égale, en vue de mettre un terme à la violence aveugle qui carbonise tout sur son chemin, dont la mission est de regarder vers l’avant, avançant comme une force rejetant l’arbitraire et l’extrémisme, se plaçant au delà de la personnalisation du pouvoir et du sectarisme étroit».

«En dépit de tout ce à quoi nous avons été exposés, il nous est encore possible d’adresser un message au Monde. Le destin d’un peuple ne saurait se réduire à choisir entre la peste et le choléra. Il n’est pas du destin d’un pays qui a inventé l’alphabet (Ougarit) et a porté dans son giron la renaissance arabe contemporaine de se résoudre à un destin de République bananière» (3).

«La Syrie est apte à sortir de la crise par la confiance de son peuple, apte à se tenir debout de nouveau.

A propos de la qualité littéraire du texte :

«Un des «Maîtres» a déploré la fragilité linguistique et grammaticale de la langue utilisée pour la rédaction du Pacte National Syrien. Nous aurions souhaité que le texte de dix lignes contenant cette critique ait été expurgé, au préalable, des 7 fautes grammaticales qu’il contenait, 7 fautes en dix lignes pour que le propos critique gagne en sérieux.

Pour aller plus loin

http://www.madaniya.info/2015/05/28/congres-fondateur-de-l-opposition-democratique-syrienne-au-caire-les-8-9-juin-2015-en-vue-d-enteriner-un-projet-de-pacte-national/

A propos de François Burgat

F. Burgat symbolise mieux que quiconque l’échec de la pensée stratégique française sur les affaires arabes. Chargé d’enseignement à l’Otan, intervenant au Forum économique mondial de Davos, membre du Conseil Européen des Relations Extérieures, le lobby atlantiste au sein de l’Union européenne, F. Burgat a été de 2008 à 2012, Directeur de l’Institut Français du Proche Orient (IFPO). Durant son séjour de quatre ans dans la capitale syrienne, bénéficiant d’indemnités d’expatriés, il n’a jamais produit le moindre texte critique à l’égard de l’administration syrienne, dont il était, de par ses fonctions, un interlocuteur régulier. Dans une interview à Radio Vatican, il a accusé Haytham Manna de rouler pour le régime syrien, alors que cet opposant notoire syrien a payé le tribut du sang au «printemps syrien», avec la mort sous la torture de son propre frère et que d’autres membres de sa famille ont pâti de son opposition au pouvoir baasiste.

Proche de la sensibilité néo-islamiste des Frères Musulmans, il s’est particulièrement distingué dans sa prophétie concernant l’avènement de la démocratie à la chute de Kadhafi en Libye, voué désormais de son fait et du fait du tandem BHL Nicolas Sarkozy, à la fonction d’incubateurs de dictateurs, de pétaudière à ciel ouvert et de pourvoyeurs de migrants vers la rive nord de la Méditerranée. «Après la mort de Kadhafi, la marche vers la démocratie est ouverte», écrivait-il  avec assurance sur le site atlantico. Son zèle néo-islamiste et sa cécité politique lui ont d’ailleurs valu le sobriquet de «Burka» Burgat. Dans les trois domaines de sa spécialisation, le Maghreb, particulièrement la Tunisie, la Libye et la Syrie, l’homme s’est fourvoyé dans ses analyses au point de glaner le titre d’«islamophiliste».

F. Burgat a lancé ses accusations contre Haytham Manna dans la foulée d’un séjour à Doha où il a participé à un colloque à l’Université du Qatar, le mentor politique et financier de la Confrérie des Frères Musulmans, sans qu’il ait été possible de déterminer si l’animosité du français à l’égard du syrien s’inspire de considérations altruistes touchant aux intérêts supérieurs du Monde arabe et de la Syrie ou résulte tout bonnement d’un réflexe pavolivien de solidarité envers des Frères Musulmans, exclus de toute participation au Congrès fondateur de l’opposition patriotique et démocratique du Caire.

Sur le dispositif médiatique français de la guerre de Syrie, de son rôle de chef de meute et de ses flotteurs d’escorte  (Ignace Leverrier, Thomas Pierret, Romain Caillet et Nabil An Nasri, cf.

http://www.renenaba.com/les-islamophilistes-tontons-flingueurs-de-la-bureaucratie-francaise/

F. Burgat accuse Haytham Manna de rouler pour le compte du pouvoir syrien

http://fr.radiovaticana.va/news/2015/06/09/au_caire,_lopposition_syrienne_tente_de_se_r%C3%A9unifier/1150351 et de son séjour au Qatar https://twitter.com/QUGulfStudies/media

A propos de Haytham Manna

Au-delà du duo des sœurs Kodmani, Basma Kodmani et sa sœur Hala, qui monopolise les ondes françaises, en tandem avec Bourhane Ghalioune, le premier président de l’opposition off-shore, un trio sans la moindre légitimité, plusieurs associations syriennes démocratiques opèrent en France, hors circuit de l’opposition off-shore, une structure co-parrainée par l’alliance atlantique et les pétromonarchies, sans accès de ce fait aux pouvoirs publics français.

Le plus connu et le plus ancien dans le domaine de la lutte démocratique est naturellement Haytham Manna, dont le frère a été tué par les services de sécurité syriens et son cousin torturé au début du «printemps syrien». Il est l’auteur de deux ouvrages «Islam et Hérésie, l’obsession blasphématoire», ainsi que «Violences et tortures dans le Monde arabe», tous deux aux Éditions l’Harmattan.

Président de «The Scandinavian Institute For Human Rights (Institut Scandinave des Droits de L’homme (SIHR), Haytham Manna vit en exil en France depuis 35 ans et s’oppose avec force à toute intervention étrangère contre son pays et prône un règlement politique.Titulaire d’un diplôme sur la médecine psychosomatique de l’Université de Montpellier, il a exercé au sein de l’équipe médicale du professeur Philippe Castaigne au Laboratoire du Sommeil (Département de neurophysiologie) du groupe hospitalier Pitié Salpêtrière à Paris. Haytham Manna siège au comité directeur de Justicia Universalis et de l’Institut égyptien des études des droits de l’homme, titulaire des plusieurs distinctions honorifiques dans le domaine des droits de l’homme: Medal of Human Rights-National Academy of Sciences-Washington (1996), Human Rights Watch (1992).

3- Ougarit: Ce premier alphabet sémitique a eu dès le IIe millénaire un développement inattendu. À Ougarit, au nord de la côte syrienne, on a retrouvé des milliers de tablettes en écriture cunéiforme datant du XIIIe siècle. Si la plupart sont en langue et écriture babylonienne, donc dans un système logo-syllabique, environ un quart d’entre elles sont écrites en langue locale dans une écriture alphabétique de trente signes: ici, le principe de l’écriture alphabétique inventé antérieurement a été adapté à la forme de l’écriture cunéiforme sur tablettes, car Ougarit connaissait une forte influence culturelle de la Mésopotamie.

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